Homélie pour la messe du 5ème dimanche de Pâques.
Année A
Dimanche 03 mai 2026
Frères et sœurs, l’Evangile de ce 5ème Dimanche de Pâques nous situe en plein dialogue entre Jésus et ses disciples.
Le départ de Jésus provoque l’ébranlement des disciples et en particulier pour Pierre qui déclare au Seigneur son désir de le suivre. Pierre est prêt à se dessaisir de sa propre vie pour Jésus. Il lui dira : « Seigneur, pourquoi ne puis-je pas te suivre tout de suite ? Je donnerais ma vie pour toi. »
Dans ce contexte de départ précipité et violent, Jésus appelle tout le monde au calme, à la sérénité et à la confiance : « Que votre cœur ne soit pas bouleversé : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. »[1]
Le départ de Jésus et la perspective de rester livrés à eux-mêmes au sein d’un monde hostile font naître dans l’esprit des disciples une profonde angoisse qui risque de les submerger. Jésus veut donc les réconforter en leur montrant que son départ va ouvrir une communion différente mais plus intime avec lui et avec le Père tandis que l’Esprit Saint assurera leur protection. Jésus appelle à la foi, c’est-à-dire à cette confiance totale qui nous tourne vers Dieu, Dieu qui donne son secours, son aide dans l’angoisse.
« Comme chrétiens, nous qui lisons ce texte dans la grâce de Pâques, même si notre monde traverse des épreuves, nous savons que nous n’avons rien à craindre. Nous savons que nous sommes invités à nous placer avec Jésus, sous le regard du Père. Ce regard que nous posons vers Jésus est source de paix, de guérison, de réconfort. Ce regard nous ouvre des horizons. En parcourant, de mémoire, l’histoire de l’église nous voyons à quel point Dieu ne nous oublie pas. »[2]
Dans son entretien, Jésus va encore plus loin puisqu’il projette déjà les disciples vers la finalité du chemin : « Quand je serais parti vous préparer une place, je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi. » [3] Le Fils de Dieu par son passage dans la gloire, va assurer à tous les croyants, la possibilité de s’établir pour toujours dans la communion du Père, dans la vie nouvelle. Plus loin dans l’Evangile, Jésus dit clairement cette communion intime de lui-même avec Dieu son Père : « Le Père qui demeure en moi fait ses propres œuvres. Croyez-moi : je suis dans le Père et le Père est en moi. » [4]
Et pour parvenir à cette communion de vie nouvelle avec Dieu, Jésus déclare cette parole que nous connaissons bien : « Je suis le chemin, la vérité et la vie ! Personne ne va vers le Père sans passer par moi.»[5] Jésus inaugure comme une nouvelle manière de marcher selon Dieu et à la rencontre de Dieu. Si bien que souvent on a appelé le christianisme naissant « la voie » (la v.o.i.e) Jésus est la « voie ». Il est le chemin qui conduit au Père dans la mesure où il est lui-même la vérité et la vie.
Vers la fin de l’Evangile de ce Dimanche, Jésus pose une affirmation très forte : « Amen, amen, je vous le dis : celui qui croit en moi fera les oeuvres que je fais. Il en fera même de plus grandes, parce-que je pars vers le Père. » [6]
Par cette parole, Jésus appelle les disciples au témoignage. La mission des disciples-missionnaires, de toute l’Eglise, c’est de rendre témoignage au Christ dans le monde, pour que le monde puisse croire et s’ouvrir à la vie de la foi.
C’est dans la vie ordinaire et la fidélité quotidienne, dans les petites choses et non les grandes choses extraordinaires, (dont le monde est si friant !) que nous sommes appelés à rendre témoignage au Christ. En vivant notre vie de baptisé-confirmé, l’œuvre du Seigneur continue à se déployer dans l’aujourd’hui de ce monde. Avons-nous bien conscience de cela ?
C’est ce que nous révèle Saint Pierre dans la 2ème lecture de ce Dimanche : « Vous êtes une descendance choisie, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple destiné au salut pour que vous annonciez les merveilles de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière. »[7] Croyons-nous vraiment en cette réalité de la foi ? Nous sommes consacrés au Seigneur pour annoncer ces merveilles au monde. Comme l’écrit Sainte Catherine de Sienne à une époque où le monde connaît bien des catastrophes, notamment la peste noire, les guerres, les divisions et c’est aussi une époque où l’unité de l’Eglise est en péril puisque les papes sont en Avignon. Sainte Catherine écrit : « Si vous êtes ce que vous devez être, vous mettrez le feu au monde. » Nous pouvons réfléchir à ce point : « Sommes-nous vraiment en vérité ce que nous devons être selon Dieu ? »
Dans son encyclique, le Pape Saint Jean-Paul II en 1988, explique de manière claire ce qu’est le sacerdoce royal du peuple de Dieu :
« Les fidèles laïcs participent à l’office sacerdotal, par lequel Jésus s’est offert Lui-même sur la Croix et continue encore à s’offrir dans la célébration de l’Eucharistie à la gloire du Père pour le salut de l’humanité. Incorporés à Jésus-Christ, les baptisés sont unis à Lui et à son sacrifice par l’offrande d’eux-mêmes et de toutes leurs activités (cf. Rm 12, 1-2). Parlant des fidèles laïcs, le Concile déclare: «Toutes leurs activités, leurs prières et leurs entreprises apostoliques, leur vie conjugale et familiale, leurs labeurs quotidiens, leurs détentes d’esprit et de corps, s’ils sont vécus dans l’Esprit de Dieu, et même les épreuves de la vie, pourvu qu’elles soient patiemment supportées, tout cela devient offrandes spirituelles agréables à Dieu par Jésus-Christ (cf. 1 P 2, 5); et dans la célébration eucharistique ces offrandes rejoignent l’oblation du Corps du Seigneur pour être offertes en toute piété au Père. C’est ainsi que les laïcs consacrent à Dieu le monde lui-même, rendant partout à Dieu dans la sainteté de leur vie un culte d’adoration. »[8]
Prêtre, prophète et roi, par notre baptême, nous avons reçu la capacité d’offrir toute notre vie à Dieu, en communion réelle et totale avec Jésus qui continue d’offrir sa vie toute entière à Dieu le Père. Et en vivant cela, nous participons à la vie de sainteté de Dieu.
Frères et sœurs, en ce temps de Pâques, laissons-nous rejoindre par le Christ Ressuscité et bien vivant.
Le Christ nous apporte la Paix dans nos vies, il est la porte ouverte vers une communion de vie avec le Père, il est la « voie » qui mène au Royaume de Dieu.
Ne pensons jamais que le Christ Ressuscité est loin de nous. Il est présent dans tout ce que nous vivons. Notre vie avec lui est le lieu où nous grandissons dans la sainteté et l’Espérance.
Dans les premières communautés chrétiennes, les Apôtres sont restés à l’écoute de l’Esprit Saint pour répondre aux questions et aux difficultés liées à l’accueil de disciples de langues et de cultures diverses. Pour préserver l’unité, les Apôtres se sont adaptés aux conditions nouvelles tout en restant fidèles et ouverts au travail de l’Esprit Saint.
Frères et sœurs, sans l’accueil de l’Esprit Saint dans notre vie, nous ne pouvons pas vivre selon le cœur de Dieu.
En ce mois de Mai, le mois de Marie, nous pourrons nous confier les uns et les autres à la Vierge Marie pour obtenir cette grâce de la disponibilité à l’Esprit Saint. Et pour ce faire, je vous invite à placer une image ou une petite statue de la Vierge Marie, dans votre maison, à l’endroit où vos yeux pourront croiser ceux de la Mère de Dieu. C’est ce que le curé de Pontmain avait demandé à ses paroissiens afin d’obtenir l’arrêt des hostilités lors de la guerre de 1870. N’hésitons pas à nous confier à notre Maman du Ciel. Nous pourrons dire tout simplement, chaque jour, cette prière du « Je vous salue Marie… » et nous verrons que nos prières ne restent jamais sans réponse.
Marie, notre Mère du Ciel guide toujours quotidiennement ses enfants qui se tournent vers elle.
Amen.
Père Fabien Le Cam, curé de Torigni et Tessy.
[1] Jean 14,1
[2] Christian Vivien S.J
[3] Jean 14,3
[4] Jean 14,11
[5] Jean 14,6
[6] Jean 14,12
[7] 1 Pierre 2,9
[8] EXHORTATION APOSTOLIQUEPOST-SYNODALECHRISTIFIDELES LAICIDE SA SAINTETE LE PAPEJEAN-PAUL IISUR LA VOCATIONET LA MISSION DES LAÏCSDANS L’EGLISE ET DANS LE MONDE n°23.