Homélie de Philippe Lenormand – Diacre – pour le 2ème Dimanche de Carême, 16 mars 2025

Homélie D2 Carême année C
Gn 15, 5-12.17-18 ; Ph 3, 17 – 4, 1 ; Lc 9, 28b-36
Chers Frères et soeurs, nous voilà dans le temps du carême. Temps redouté
pour certains parce que synonyme de privation, de tristesse voire
d’obscurités… Il est vrai qu’aujourd’hui dans nos sociétés modernes sursollicitées, où gronde sans cesse le bruit des médias et des réseaux sociaux,
les ténèbres du silence, du recueillement, de la solitude, de l’introspection ne
font pas recette. Pourtant vous venez de l’entendre c’est bien le lieu privilégié
où Dieu nous parle ! « un sommeil mystérieux tomba sur Abram, une sombre
et profonde frayeur tomba sur lui… Après le coucher du soleil, il y eut des
ténèbres épaisses. Ce jour-là, le Seigneur conclut une alliance avec
Abram » ; « Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil ; mais,
restant éveillés, ils virent la gloire de Jésus… Pierre n’avait pas fini de
parler, qu’une nuée survint et les couvrit de son ombre ; ils furent saisis de
frayeur lorsqu’ils y pénétrèrent. Et, de la nuée, une voix se fit entendre ».
Mais peut-être est-ce précisément le dessein du monde : étouffer la parole de
Dieu ? Peut-être que le prince de ce monde souhaite que nous nous perdions
à courir après les idoles de notre temps : « Ils vont à leur perte. Leur dieu,
c’est leur ventre, et ils mettent leur gloire dans ce qui fait leur honte ; ils ne
pensent qu’aux choses de la terre. »
Alors, en ce début de carême, je vous propose de changer de paradigme.
Décidons aujourd’hui, ici même, de faire de ce temps, un temps privilégié, un
temps de joie, parce que c’est un temps de retrouvailles avec le Seigneur, un
temps de retrouvailles avec nous même, un temps de retrouvailles entre les
hommes et les femmes de bonne volonté ! Parce-que Dieu ne veut rien
d’autre que le bonheur de ses enfants : « Si donc vous, qui êtes mauvais,
vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père
qui est aux cieux donnera-t-il de bonnes choses » (Mt 7 évangile de ce jeudi).
Parce que la promesse de Dieu ne saurait avoir de concurrence sur cette
terre, nous venons de l’entendre : « nous avons notre citoyenneté dans les
cieux, d’où nous attendons comme sauveur le Seigneur Jésus Christ, lui qui
transformera nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux ». Mais
peut-être pouvons nous être tenté de demander : « Seigneur mon Dieu,
comment vais-je savoir que je l’ai en héritage ? ». Nous savons la réponse, ce
témoignage c’est le Christ sur la Croix. Parce que c’est pour cela et rien
d’autre qu’il donne sa vie, par amour pour nous, pour chacun de nous
individuellement. Quelque soit notre vie il la rachète, si nous le lui demandons.
Le monde voudrait nous faire croire le contraire, or il n’y a, aux yeux de Jésus,
aucune vie qui ne mérite son Salut : « Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec
moi, tu seras dans le Paradis. » (Lc 23, 43) « Je ne suis pas venu appeler des
justes, mais des pécheurs. » (Mc 2, 17).
Et si c’était précisément cela que le prince de ce monde veut faire taire ? Que
deviendrai un monde qui suivrait les enseignements de Jésus : « Eh bien !
moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent,
afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux ». Que resterait-il
des tentations au désert de nos vies si nous cédions au règne de l’amour ?
Que resterait-il à nous vendre, à nous prendre, quels idoles pourraient trouver
place à nos yeux ?
Bien chers frères et soeurs, ne nous lassons pas de demander pardon, de
nous laisser relever par Dieu. Chaque fois que nous approchons du
sacrement de la réconciliation, les épaules chargées du joug de nos fautes, le
Simon de Cyrène qui nous aide à avancer n’est autre que Jésus lui-même.
C’est Lui qui sous les traits de sainte Véronique essuie nos visages et éponge
nos larmes. C’est Lui qui dans les sacrements, dans quelques instants encore
se donnant à nous dans l’eucharistie ne cesse de nous supplier : « laissez
vous réconcilier avec Dieu » (2Co 5, 20).
En ce temps béni, prions les uns pour les autres, demandons à la Vierge
Marie, les grâces nécessaires pour gouter les délices du silence et de la paix
dans l’oraison. Demandons la confiance et l’humilité de saint Joseph dans
l’écoute de la parole de Dieu. Demandons à Jésus de chasser de nos coeurs
les repères de brigands et d’y établir des maisons de prière.
Gloire au père, et au Fils, et au Saint Esprit.