Homélie pour la messe du 25ème dimanche tps ordinaire, 21 septembre 2025

Homélie pour la messe du 25ème dimanche tps ordinaire

Dimanche 21 septembre 2025.

Frères et sœurs, je me souviens d’un vieux moine de l’abbaye bénédictine qui au cours d’une retraite vécue avec le Séminaire nous disait : « l’argent, c’est le diable ! » En écoutant l’enseignement de Jésus, nous pouvons penser à cette parole dans l’Evangile de Matthieu :  «Faites-vous des trésors dans le ciel, là où il n’y a pas de mites ni de vers qui dévorent, pas de voleurs qui percent les murs pour voler. Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. » [1]

Nous en sommes témoins autour de nous, non seulement l’argent suscite l’intérêt et la jalousie, mais il génère souvent l’égoïsme, le souci et l’inquiétude. Il finit par asservir l’homme en le centrant sur lui-même en le détournant de la quête du Royaume et de la justice de Dieu. Jésus nous invite à discerner où se situe notre désir profond, où se situe la quête fondamentale de notre existence de disciple-missionnaire. Il dira à ses disciples : « Cherchez d’abord le Royaume et la justice de Dieu, et tout cela vous sera donné par surcroît. Ne vous inquiétez pas donc pour le demain : le lendemain s’inquiétera de lui-même. »[2]

Il est intéressant de noter que l’argent dont parle Jésus peut être compris comme une idole. Il désigne dans le Nouveau testament, la richesse matérielle qui est personnifié en une divinité à laquelle les hommes sont susceptibles de vouer leur vie. Son adoration correspond dans l’Ancien Testament ou dans la Torah au culte du Veau d’or. C’est un épisode de l’histoire d’Israël que nous avons méditée dimanche dernier dans la première lecture du livre de l’Exode[3] où Dieu Demande à Moïse de redescendre vers le peuple qui s’est corrompu en adorant une statue de veau en or.

Dans le Nouveau testament, cette divinité des richesses qu’on appelle le Dieu « Mammon » signifie même la possession. Les richesses sont une puissance capable d’asservir. L’homme pense pouvoir la posséder mais c’est elle qui le tient et le possède.

Ce dieu « argent » donne l’illusion de la sécurité et de la stabilité, mais nous le savons bien, il est fuyant et fluctuant.

Vis-à-vis de cette puissance trompeuse et injuste, Jésus n’y va pas par quatre chemins : Entre Dieu et l’argent, il ne peut y avoir qu’un seul maître ; il faut choisir.

Le père Cantalamessa, qui est capucin, et qui a souvent prêché les retraites de carême au Vatican a commenté ce passage d’Evangile en insistant sur l’utilisation de la richesse et de l’argent : « Faites des amis de ceux qui un jour, lorsque vous serez dans le besoin, pourrons vous accueillir. Ces amis puissants, nous le savons, sont les pauvres, étant donné que le Christ considère que ce que l’on donne au pauvre, c’est à lui en personne qu’on le donne. Les pauvres, disait saint Augustin, sont, si nous le souhaitons, nos transporteurs et nos porteurs : ils nous permettent de transférer, dès à présent, nos biens, dans la maison que l’on est en train de construire pour nous dans l’au-delà. »

Les propos de Saint Augustin sont une belle invitation : ce sont les pauvres de ce monde qui nous conduisent vers les richesses de Dieu.

Et résonne en nous cette béatitude de Jésus : « Heureux les pauvres de cœur, le royaume des cieux est à eux. »[4]

Lors des journées mondiales de la jeunesse à Cracovie en 2016, le pape François a voulu transmettre ce message aux jeunes, en leur disant : « Essayez avant tout d’être libres en face des choses. Le Seigneur nous appelle à un style de vie évangélique caractérisé par la sobriété, à ne pas céder à la culture de la consommation. Il faut rechercher ce qui est essentiel, apprendre à se dépouiller des mille choses superflues et inutiles qui nous étouffent. Détachons-nous du désir de posséder ; ne faisons pas de l’argent une idole, pour ensuite le gaspiller. Mettons Jésus à la première place. Lui peut nous libérer de l’idolâtrie qui nous rend esclaves. Chers jeunes, ayez confiance en Dieu ! Il nous connaît, il nous aime et ne nous oublie jamais. De même qu’il prend soin du lys des champs (cf. Mt 6, 28), il ne nous laissera manquer de rien ! » [5]

En ces temps difficiles que connaît notre monde, sur biens des plans, nous sommes invités à garder les deux pieds stables dans la barque de l’Eglise et à nous rapprocher non pas du gouvernail mais du mât. Celui qui tient le gouvernail, c’est le Christ, le Pasteur de l’Eglise. Près du mât de la croix, nous sommes sûrs d’être réconfortés dans nos épreuves, dans nos difficultés, dans nos traversées.

Près du mât de la croix de Jésus, nous devons répondre à l’appel de Saint Paul qui nous demande de prier : « Je voudrais donc, qu’en tout lieu les hommes prient en élevant les mains, saintement, sans colère ni dispute. »[6]

Pourquoi nous faut-il prier ? Car « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. »[7]

La première tâche des baptisés, des disciples-missionnaires est de prier pour le monde, et de témoigner là où Dieu veut que nous soyons, de servir dans l’humilité en restant attentif aux signes de l’Esprit Saint.

Frères et sœurs, que le Seigneur nous donne la grâce du discernement pour écarter de nos vies ce qui nous emprisonne et nous empêche de vivre en fils et filles de Dieu. Qu’il nous donne de mettre toute notre confiance en Lui, en mendiant chaque jour son amour, sa présence, sa force. C’est dans notre cœur de pauvre, ouvert et aimant, qu’il pourra y déposer les richesses de son coeur et l’héritage du Royaume des cieux.

Amen.

Père Fabien Le Cam, curé des paroisses de Torigni et Tessy.

[1] Mt 9,19-21

[2] Mt 6,33-34

[3] Ex 32,7-11

[4] Mt 5,3

[5] Message pour les 29ème journées mondiales de la Jeunesse à Cracovie.

[6] 1 Tm 2,8

[7] 1 Tm 2,4