Homélie D29 TO Dimanche de la mission, 19 octobre 2025

D29 TO année C – Dimanche de la mission

Ex 17, 8-13 ; 2 Tm 3, 14 – 4, 2 ; Lc 18, 1-8

« Non, il ne dort pas, ne sommeille pas, le gardien d’Israël. » 

Frères et soeurs, nous l’entendons et le constatons tous les jours, nos sociétés modernes sont malades. Les valeurs de la France, héritées de l’Évangile, fondatrices de notre république : Liberté, égalité, fraternité trônent encore aux frontons de nos administrations, mais dans les faits qu’en reste t-il ?  L’injustice sociale ne cesse de croitre : tandis qu’en France le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté ne cesse de croitre et que les queues s’allongent devant les resto du coeur, les 10% des plus riches possèdent plus de la moitié du patrimoine français. Je lisait récemment dans l’édition locale de Ouest-France, que des coursiers médicaux était en grève, ils affichaient leur désarroi par ce slogan : « l’actionnaire mange du caviar pendant que les salariés raclent les fonds de tiroirs »… comme en écho à l’épisode de Lazarre que nous entendions il y a quelques jours … Voilà qui en dit long sur ce qu’il reste de la fraternité et de l’égalité dans notre pays qui est pourtant l’inventeur de la sécurité sociale… 

Devant cet état de fait, cet individualisme toujours plus grand, qui de nous n’a pas été en proie au doute quant à l’efficacité de la prière ? Comment ne pas tomber dans le piège de se chercher un autre dieu dont l’oreille serait plus affutée ? Nous le voyons chaque jours des hommes et des femmes, dont la peur et la radicalité sont le fond de commerce, essaient de nous convaincre qu’ils sont celui ou celle qui sauvera le pays ! Frères et soeurs il nous faut être plus que jamais prudent, le secours ne peut pas venir d’un homme providentiel. Il n’existe qu’un seul Messie, c’est le Christ Jésus. « Ne comptez pas sur les puissants, des fils d’homme qui ne peuvent sauver ! »  nous dit le psalmiste, mais bien sur celui qui peut tout y compris et surtout transformer les coeurs. Nous le savons, le Christ par sa mort et sa résurrection est déjà vainqueur sur le mal. Dans l’épisode de la tempête apaisée, Jésus déjà nous met en garde « Pourquoi êtes-vous si craintifs, hommes de peu de foi ? »  , c’est la crainte qu’exprime jésus encore aujourd’hui dans cette page d’Évangile : « Cependant, le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? ». Le défunt pape François a voulu que cette année 2025 soit sous le signe de l’espérance, pèlerins d’espérance, parce-que l’Espérance est la caractéristique essentielle du chrétien. Perdre la foi, c’est donné raison au mal, c’est nier les promesses du Christ, c’est accepter un monde sans Dieu. C’est à cause de cela que l’apôtre Paul nous adjure : « Devant Dieu, et devant le Christ Jésus qui va juger les vivants et les morts, je t’en conjure, au nom de sa Manifestation et de son Règne : proclame la Parole, interviens à temps et à contretemps, dénonce le mal, fais des reproches, encourage, toujours avec patience et souci d’instruire. ». L’espérance, rappelons le, est l’une des trois vertus théologales (avec la foi et la charité), elle est don de Dieu, elle est celle qui ancre l’âme en Dieu, elle est l’arme du combat spirituel, celle qui donne la joie y compris dans l’épreuve. C’est une fois encore l’invitation de l’apôtre Paul : « Ayez la joie de l’espérance, tenez bon dans l’épreuve, soyez assidus à la prière ». Parce-qu’une espérance visible témoigne de la foi et de l’amour que nous portons dans notre cœur. « Ainsi les mains de Moïse restèrent fermes jusqu’au coucher du soleil. Et Josué triompha des Amalécites au fil de l’épée. » : c’est ici par la prière confiante que Moïse triomphe, pas une prière personnelle et autocentrée, mais une prière soutenue par la communauté (Aaron et Hour). Prier est la condition indispensable à l’espérance. Message du pape François pour la journée mondiale des missions le   06/02/2025 : « Les missionnaires de l’espérance sont des hommes et des femmes de prière, parce que « la personne qui espère est une personne qui prie », comme le soulignait le vénérable cardinal Van Thuan, lequel a maintenu vive l’espérance durant la longue tribulation de la prison grâce à la force qu’il recevait de sa prière persévérante et de l’Eucharistie. N’oublions pas que prier est la première action missionnaire et en même temps « la première force de l’espérance ».

J’en viens maintenant au troisième essentiel de la vie chrétienne, après l’espérance et la prière, la fidèle persévérance. Frères et soeurs, dans ce monde où tout va toujours plus vite, nous avons besoin d’apprendre à ralentir, nous n’avons pas été fait en 5G. Le temps de Dieu n’est pas le temps des hommes, il ne nous appartient pas de fixer un calendrier à Dieu :  « Quant à ce jour et à cette heure-là, nul ne les connaît, pas même les anges des cieux, pas même le Fils, mais seulement le Père, et lui seul. »  Une fois encore, il s’agit de nous en remettre à Dieu en confiance, sans elle la persévérance s’évapore entraînant avec elle la fidélité et la foi. Sans confiance la relation d’amour cède pour devenir défiance, n‘est ce pas précisément là que se trouve l’origine de tout mal ?  Cf. Genèse 3

Frères et soeurs, en ce dimanche de la mission je vous invite à prier avec moi  en demandant l’intercession de la patronne des missions, notre petite sainte normande, la petite Thérèse de l’enfant Jésus, dont nous avons fêté le centenaire de la canonisation de 17 mai dernier. Demandons lui d’intercéder pour nous et pour le monde auprès de la Vierge du sourire. Demandons lui de nous apprendre, comme elle dans l’épreuve, à rester fidèles dans la prière, persévérant dans la nuit et confiant en la miséricorde de Dieu : « Et Dieu ne ferait pas justice à ses élus, qui crient vers lui jour et nuit ? Les fait-il attendre ? Je vous le déclare : bien vite, il leur fera justice. Cependant, le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? »

Gloire au Père, et au Fils, et au Saint Esprit.

Philippe Lenormand, diacre +