Homélie pour le 3ème dimanche de carême
Dimanche 08 mars 2026.
Frères et sœurs, en ce 3ème Dimanche de carême, nous avons une belle page d’Evangile qui nous introduit dans la rencontre de Jésus avec la Samaritaine. Dans cette rencontre le Christ se montre tout à l’écoute et la Samaritaine dévoile sa faiblesse devant le Christ qui la fait cheminer patiemment dans l’amour.
Ce récit de la Samaritaine que nous connaissons bien n’est pas un reportage en direct et complet de la rencontre de Jésus avec la femme de Samarie. Dans ce récit, on trouve d’abord et avant tout l’expression de la foi pascale.
C’est dans cette foi, Aline et Florian que vous serez baptisés, confirmés et recevrez pour la première fois le Corps du Christ dans quelques semaines.
Dans l’Evangile, nous voyons que Jésus fatigué par la route, s’assoit au bord d’un puits à Sykar, et c’est lui qui a l’initiative d’entrer en dialogue : « Donne-moi à boire ! »[1]
C’est à partir de l’eau, un élément tout simple mais vital de la vie quotidienne, que l’identité de Jésus va se révéler :
« Si tu savais le don de Dieu, si tu connaissais celui qui te dit : donne-moi à boire ! C’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. »[2]
La Samaritaine entre peu à peu dans la compréhension de l’enseignement de Jésus. La révélation est progressive, elle se fait étape par étape : c’est une vraie catéchèse. Ce chemin de la samaritaine qui est progressif, c’est Celui que Dieu propose à chacun d’entre nous en ce temps de carême, où l’enjeu est de découvrir quelle source nous habite au plus profond de nous-mêmes.
Qu’y-a-t-il au fond de notre puits intérieur ?
Au début Jésus est vu comme un simple Juif comme les autres : « Comment toi qui es Juif, tu me demandes à boire ? » [3]
Puis Jésus devient pour la Samaritaine, celui qui est plus grand que Jacob.
Avançant encore, elle reconnaît en Jésus, un prophète, qui connaît tout de sa vie : « Celui que tu as maintenant, lui dit Jésus, n’est pas ton mari : là tu dis vrai ! »[4]
Puis nous voyons Jésus prendre le relais en se présentant comme le Christ, le Messie : Celui qui est venu pour sauver le monde. C’est la confession de foi des Samaritains : « Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons maintenant : nous l’avons entendu par nous-mêmes, et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde. »[5]
Nous-mêmes dans notre vie de baptisé, nous sommes appelés par vocation à connaître Jésus, pour mieux l’aimer, et le servir. C’est un appel à entrer dans une relation plus profonde avec le Christ, en découvrant qu’il est Sauveur pour le monde et qu’il a donné sa vie pour chacun et chacune d’entre nous.
Pour cela, il faut accepter de lâcher prise, d’oublier nos certitudes, nos perceptions, nos images de Dieu : il nous faut entrer dans un nouveau regard de foi et revenir aux sources du baptême. C’est l’enjeu de ce temps de carême : ouvrir notre vie au travail de l’Esprit Saint en nous. Seul l’Esprit Saint peut changer toutes choses en nous. Ce n’est pas par nos propres forces, que nous pouvons entrer dans la nouveauté du don de Dieu. Saint Paul l’écrit : « Frères, nous qui sommes devenus justes par la foi, nous voici en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ, lui qui nous a donné, par la foi, l’accès à cette grâce dans laquelle nous sommes établis.»[6]
La foi est don du Père. Il nous arrive cependant de vivre comme les fils d’Israël, nous mettons le Seigneur au défi, nous voudrions une confirmation de sa présence : « Le Seigneur est-il vraiment au milieu de nous ou bien n’y est-il pas ? » Le temps du carême nous est donné pour voir la présence du Seigneur au cœur du monde, au milieu de notre communauté, chez nous, au cœur de notre vie de chaque jour… Dans l’expérience du désert, la soif de Dieu, de sa Parole , de sa vie se font plus forte en nous. L’expérience du silence est nécessaire pour que les questions posées par le Christ retentissent en nous : « De quoi as-tu soif ? Quelle est ta faim ? Que recherches-tu qui puisses te combler aujourd’hui ? » Prenons l’engagement tous ensemble de laisser au Christ la liberté et la possibilité de nous poser ces questions et prenons les moyens d’y répondre.
Le temps du carême est bénéfique pour retourner à la source, pour nous laisser conduire par Jésus qui se révèle à nous. Le carême est un chemin d’apprentissage à la docilité pour se laisser interpeller en profondeur et décider d’adorer Dieu en esprit et en vérité. Comme la Samaritaine, nous devons avoir une confiance aimante vis à vis de Celui qui est l’Eau vive.
Beaucoup de signes dans la vie en Eglise nous sont donnés pour nous permettre de reconnaître Celui qui est notre Rocher, notre salut : Dans l’eucharistie, c’est le signe de l’amour partagé, qui nous est révélé. Dans un moment de réflexion, en regardant l’autel, prenons conscience que le Christ, le Fils de Dieu, nous ouvre dans toute liturgie, la source de l’eau vive : la vie éternelle. Lui seul peut combler notre faim et notre soif.
Ce matin, prions pour tous les catéchumènes du diocèse, qui se préparent à recevoir les sacrements de l’initiation chrétienne. Prions pour Aline et Florian qui vivent leur premier scrutin. Qu’ils ouvrent leur cœur au Seigneur qui vient scruter leur cœur pour y creuser un puits afin que l’eau vive du salut soit donnée. Que Dieu leur donne la grâce de s’ouvrir à la beauté de l’Evangile. Prions pour que nos communautés chrétiennes soient des lieux où l’amour de Dieu est premier, comme le rappelle St Paul : « L’amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné. » [7]
Amen.
Père Fabien Le Cam +
[1] Jn 4,7
[2] Jn 4,10
[3] Jn 4,9
[4] Jn 4,18
[5] Jn 4,43
[6] Rm 5,1-2
[7] Rm 5,5