Homélie pour la messe des Rameaux. Dimanche 29 mars 2026.

Homélie pour la messe des Rameaux.

Dimanche 29 mars 2026.

Frères et sœurs,

nous entrons dans la grande semaine Sainte, semaine où nous allons prier de manière plus intense en faisant mémoire des évènements de la passion et de la résurrection du Christ qui ont bouleversé l’histoire de l’humanité et qui sont à la source de la naissance et de la vie de l’Eglise. Dans quelques jours, au cœur de la vie de notre monde, marqué par la guerre, les violences, au cœur de la nuit et des détresses, nous entendrons cette annonce : « Le Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité ! »

Saint Paul affirme avec beaucoup de foi dans la lettre aux Romains : « J’en ai la certitude : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les Principautés célestes, ni le présent ni l’avenir, ni les Puissances, ni les hauteurs, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur. »[1]

Au cœur de la nuit du monde, le Christ est bien là, il veille sur nous et il nous sauve.

Dans la longueur et le poids des jours que bons nombres de nos frères et sœurs traversent, la croix du Christ se révèle être comme notre abri.

Frères et sœurs, en entrant dans cette belle semaine sainte, nous sommes en communion avec tous les chrétiens du monde entier qui célèbrent la passion, la mort et la résurrection du Christ.

Dans le récit de l’entrée de Jésus à Jérusalem, nous avons vu Jésus, acclamé par les foules. Cette acclamation a été pour lui un « triomphe » très modeste, un triomphe qui sera quelques jours plus tard remis en question. La gloire pleinement réalisée pour Jésus sera son entrée dans la Jérusalem du ciel le jour de son Ascension. C’est à cette gloire que nous sommes tous appelés. Le Christ mort et ressuscité nous ouvre le chemin vers la gloire du Père.

En participant avec foi et dévotion à cette belle semaine sainte, nous célébrons Celui qui est le « Seigneur de gloire ».

Oui aujourd’hui, ous venons reconnaître dans la foi, le Seigneur de nos vies, nous voulons recevoir, Jésus, comme le « Roi » qui se fait Serviteur et qui donne sa vie pour le salut du monde. C’est un appel à vraiment écouter sa parole et à nous laisser guider par lui. Les paroles de Jésus sont celles de la Vie éternelle. Et ce chemin de la semaine sainte, il nous conduit vers la vie éternelle.

Le Christ serviteur a voulu pour lui-même, vivre le chemin de l’obéissance et du dépouillement. Il s’en est remis totalement à son Père. C’est en passant par ce chemin du service, du don de lui-même dans sa passion et sur la croix, qu’il est devenu pour l’univers entier le « Seigneur de gloire ». La plénitude où Dieu nous invite passe par ce même chemin de l’obéïssance, du dépouillement, du renoncement à nous-mêmes. C’est un appel de Jésus que nous trouvons à plusieurs reprises dans les Evangiles : « Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge chaque jour de sa croix, et qu’il me suive. »

« la liturgie de ce jour nous enseigne que le Seigneur ne nous a pas sauvés par une entrée triomphale ni par le moyen de puissants miracles. L’Apôtre Paul, dans la seconde lecture, synthétise par deux verbes le parcours de la rédemption : « il s’est anéanti » et « il s’est abaissé » lui-même. (Ph 2, 7.8) Ces deux verbes nous disent jusqu’à quelle extrémité est arrivé l’amour de Dieu pour nous. Jésus s’est anéanti lui-même : il a renoncé à la gloire de Fils de Dieu et il est devenu Fils de l’homme pour être en tout solidaire avec nous, pécheurs, lui qui est sans péché. Et pas seulement : il a vécu parmi nous une « condition de serviteur » (v.7) ; non pas de roi, ni de prince, mais de serviteur. Il s’est donc abaissé, et l’abîme de son humiliation, que nous montre la Semaine Sainte, semble ne pas avoir de fond. »[2]

« Le premier geste de cet amour qui va« jusqu’au bout » (Jn 13, 1) est le lavement des pieds. « Le Seigneur et le Maître » (Jn 13, 14) s’abaisse aux pieds des disciples, comme seuls le font les serviteurs. Il nous a montré par l’exemple que nous avons besoin d’être rejoints par son amour qui se penche sur nous ; nous ne pouvons pas nous en passer, nous ne pouvons pas aimer sans nous faire d’abord aimer par lui, sans faire l’expérience de sa surprenante tendresse, et sans accepter que l’amour véritable consiste dans le service concret. »[3]

Au cœur de la passion, que nous venons de méditer, nous sommes de nouveau témoin de la violence qui s’est déchaînée contre Jésus. Au cœur de la Passion, devant le mal et la mort, Jésus a répondu par l’amour, la douceur et la compassion. Même dans l’abandon, Jésus prie le Père et s’en remet à lui de manière définitive. Sur la croix, en donnant sa vie, Jésus nous apprend la route du service, du don, de l’oubli de soi. Jésus nous apprend l’amour humble qui sauve et qui donne la vie, pour renoncer à l’égoïsme, la recherche du pouvoir et la renommée. En disant cela, nous pensons à cette parole de Jésus dans l’Evangile de Jean : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. »[4]

Sur la croix, Jésus révèle le vrai visage de Dieu, qui est miséricorde. Il pardonne à ceux qui l’ont crucifié, il ouvre les portes du paradis au larron repenti et touche le cœur du centurion qui dira au pied de la croix :  « Cet homme était vraiment le Fils de Dieu ! »[5]

 Frères et sœurs, vivons cette semaine sainte comme le cœur de notre année liturgique. Durant tous ces jours saints, tournons notre coeur vers lui, demandons la grâce de comprendre le chemin de son abaissement pour nous ; reconnaissons Jésus comme le Seigneur de notre vie et répondons à son amour infini par un amour concret.

Que l’Esprit Saint nous accompagne pour nous faire entrer dans le mystère pascal de la mort et de la résurrection du Christ, mystère de vie et d’amour !

Belle semaine sainte à toutes et à tous !

Père Fabien Le Cam +

[1] Romains 8,38-39

[2] Homélie pape François, Rameaux.

[3] Homélie pape François, Rameaux.

[4] Jean 12,24

[5] Marc 15,39