Homélie pour le 1er dimanche de Carême
Dimanche 22 février 2026.
Frères et sœurs, nous voici au premier dimanche de carême.
Nous avons reçu sur nos fronts les cendres qui marquent notre entrée dans une nouvelle étape, celle de la conversion de nos cœurs pour nous tourner vers Dieu.
Comme le disait, le Saint Père, le Pape Léon XIV à la fin de son homélie, Mercredi dernier : « Le Carême, comme nous le suggère l’Évangile, en nous libérant du désir d’être vus à tout prix (cf. Mt 6, 2.5.16), nous apprend plutôt à voir ce qui naît, ce qui grandit, et nous pousse à le servir. C’est l’harmonie profonde qui s’établit dans le secret de celui qui jeûne, prie et aime avec le Dieu de la vie, notre Père et celui de tous. C’est vers Lui que nous réorientons, avec sobriété et joie, tout notre être, tout notre cœur. »[1]
Nous pensons trop souvent que nous pouvons nous réconcilier par nos propres forces. Pourtant la réconciliation, c’est Dieu qui nous la propose, c’est Dieu qui en est l’artisan. Dieu est capable de réconcilier l’humanité avec lui-même.
C’est dans cette conviction que nous voulons marcher tout au long de ce carême, pour que la paix, l’unité, la réconciliation soient en nous et autour de nous.
Frères et sœurs, depuis mercredi dernier, nous sommes entrés dans le beau temps du carême qui nous est donné pour retrouver la source de notre vie chrétienne, la source de la vie, reçu dans le baptême et la confirmation.
Le carême est l’occasion pour chacun d’accueillir à nouveau ce « don gratuit » du Salut. Devant l’excès du mal qui s’abat sur notre monde, Dieu répond par « la plénitude de l’Amour ». Au-delà de notre péché, c’est ce don que nous sommes invités à redécouvrir durant le carême. Nous avons entendu tout à l’heure la prière d’ouverture de la messe : « Dieu tout puissant, toi qui nous invites chaque année à vivre le carême en vérité, donne-nous de progresser dans l’intelligence du mystère du christ et d’en rechercher la réalisation par une vie qui lui corresponde. »
Durant cinq semaines nous allons aller à la rencontre de Celui qui est Don du Père pour que nous ayons la vie en abondance. Chaque jour, nous aurons rendez-vous avec le Christ pour le connaître toujours d’avantage.
L’enseignement de l’Evangile de ce dimanche touche un point fondamental de notre vie chrétienne : le combat spirituel. Tout chrétien, disciple est confronté aux tentations et doit s’appuyer sur le Christ pour les combattre. Dans le désert du carême, personne ne peut échapper à ce combat spirituel qui est décisif. Regardons dans l’Évangile d’aujourd’hui ce qui se passe réellement dans la rencontre entre Jésus et Satan.
Dans l’Evangile, nous voyons que l’Esprit Saint travaille en Jésus : « Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le diable. Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eût faim. Le tentateur s’approcha…»[2]
Les 3 tentations auxquelles doit faire face Jésus dans le désert.
Que fait le tentateur ? » Le tentateur cherche à détourner Jésus du projet du Père, du chemin du sacrifice et de l’amour, pour une voie facile, celle du succès et du pouvoir. Le démon en effet présente à Jésus les fausses espérances messianiques : « le bien-être matériel, avec la possibilité de transformer les pierres en pains ; la dimension spectaculaire et miraculeuse, avec l’idée de se jeter du haut du Temple de Jérusalem, et d’être sauvé par des anges ; et enfin la voie du pouvoir et de la domination, en échange d’un acte d’adoration à Satan. Ce sont les trois tentations que nous connaissons bien. »
Mais Jésus repousse ces tentations et réaffirme sa détermination à suivre le chemin du Père, sans aucun compromis avec le péché et la logique du monde.
Jésus sait qu’on ne dialogue pas avec le démon, parce qu’il est très rusé ! Jésus a donc choisi son arme : la Parole de Dieu : » Souvenons-nous de cela dans nos tentations, et la Parole de Dieu nous sauvera « .[3]
Que répond Jésus devant les tentations de l’avoir, du paraître et du pouvoir.
Devant la première tentation de l’avoir et du bien-être matériel : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. »
Jésus répond : « L’homme ne vit pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »[4] Cette parole de Jésus nous réoriente vers nos faims les plus fondamentales, la faim de ce qui est vrai, de ce qui est bon, de ce qui est beau : la faim de Dieu et de son amour.
Devant la deuxième tentation du paraître et de la toute-puissance, « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. »
Jésus répond : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. »[5] nous montrant ainsi que le chemin de la foi n’est pas tout clair, il se fait aussi dans l’obscurité, le doute et se nourrit de la patience et de la persévérance, de la confiance et de l’espérance en Dieu qui est Sauveur.
Devant la troisième tentation du pouvoir et de la domination, « Tout cela, je te le donnerai, si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi. »
Jésus répond : « C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras et à Lui seul tu rendras un culte. » [6] Cette parole de Jésus nous appelle à construire notre vie sur Dieu Lui-même, en nous défaisant de nos idoles et des choses vaines de ce monde. Les Chrétiens sont invités à servir dans l’amour plutôt que rechercher le pouvoir et la domination sur les autres et sur le monde.
En Jésus, il nous est possible de vaincre ces tentations qui nous entraînent au péché.
En Jésus, il nous est possible de remporter ce beau combat spirituel. Comme l’écrit Saint Paul : « Si, en effet, à cause d’un seul homme, par la faute d’un seul, la mort a établi son règne, combien plus, à cause de Jésus Christ et de lui seul, régneront-ils dans la vie, ceux qui reçoivent en abondance le don de la grâce qui les rend justes. »[7]
Le Christ est sorti vainqueur des tentations, il vaincu la mort et le péché et de ce fait, par sa vie donnée, Dieu nous a ouvert le chemin de la sanctification, de la sainteté, ce que l’apôtre Paul nomme la justification qui conduit à la vie.
Nous en avons une belle représentation dans l’icône de la Résurrection qui nous montre le Christ Ressuscité, victorieux, debout sur la porte des enfers, tirant de sa main, Adam et Eve.
Frères et sœurs, le carême qui est le temps du combat spirituel marque le moment où il nous faut entrer en nous-mêmes. C’est un temps d’intimité particulière avec Dieu dans le secret du cœur. C’est dans cette intimité intérieure avec Dieu que s’accomplit l’œuvre essentielle du carême : le travail de conversion qui nous conduit à la libération du péché et de la mort. Le Saint carême nous est donné pour renaître à la vie selon le Christ, prince et fin de toutes choses.
Dans son homélie, lors de la messe des Cendres, le pape Léon disait ceci : « Reconnaître nos péchés pour nous convertir, est déjà un présage et un témoignage de résurrection : cela signifie en effet ne pas rester dans les cendres, mais se relever et reconstruire ». [8]
Pendant ces 40 jours, laissons-nous renouveler par le souffle intérieur de l’Esprit Saint. Laissons Dieu nous conduire sur les chemins de la libération et du salut !
Amen.
Père Fabien Le Cam +
[1] Extraits de l’homélie du Saint Père, le pape Léon XIV, lors de la messe des Cendres 2026.
[2] Mt 4,1-2
[3] Pape François, prière de l’Angélus 2018.
[4] Mt 4,4
[5] Mt 4,7
[6] Mt 4,10
[7] Rm 5,15
[8] Extraits homélie du Saint Père, le pape Léon XIV pour la messe des Cendres 2026.