« Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. » Frères et soeurs, voilà une parole qui interroge quant à notre disposition à accueillir ceux, qui aujourd’hui encore, sont soit aux portes soit loin de l’Église. Comment pouvons nous dans le même temps fustiger les idoles de notre époque et ignorer la détresse dans laquelle se trouvent nos frères et soeurs humains. Aujourd’hui, en nos sociétés occidentales modernes, la première pauvreté est belle et bien spirituelle. « Voyant les foules, il fut pris de pitié pour elles, parce qu’elles étaient harassées et prostrées comme des brebis qui n’ont pas de berger. Alors il dit à ses disciples : La moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux. » (Mt 9, 36-37)
Ces mots du Christ n’appartiennent pas à un passé lointain. Ils sont, en ces jours, cruellement d’actualité. Ils se font même pressant. Dans nos communautés, nous souffrons au quotidien de cette réalité : « les ouvriers sont peu nombreux ». Baptisés, nous avons à prendre chacun notre part de service, nous devons annoncer le royaume, ce n’est pas optionnel : « Car annoncer l’Evangile n’est pas un motif de fierté pour moi, c’est une nécessité qui s’impose à moi : malheur à moi si je n’annonce pas l’Evangile ! » Nous dit l’apôtre Paul (1Co 9,16 ). Vous voyez, il n’est plus ici question de se défiler, de laisser cette charge aux seuls ministres ordonnés, religieux ou catéchistes : « Allez donc de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps » (Mt 28,19–20). Cette injonction du Christ Jésus est pour TOUS.
Baptisés nous sommes disciples du Christ et appelé à participer à sa dignité de prêtre, de prophète et de roi. Ces mots ont été prononcés sur nous au jour de notre baptême : « Désormais, vous faites partie de Son peuple, vous êtes membre du Corps du Christ et vous participez à Sa dignité de prêtre, de prophète et de roi. » Vous avez bien entendu, il n’y a là aucune option, il n’est pas question de choisir entre Salut et mission. L’un ne va pas sans l’autre ! Alors OUI, cela peut vous paraitre difficile voire impossible, c’est une réaction normale et presque inéluctable lorsque l’on est amené à sortir de sa zone de confort. Mais s’en tenir à cela serait un manque de confiance en Dieu, un péché d’orgueil : « ne vous inquiétez pas de savoir comment parler ou que dire : ce que vous aurez à dire vous sera donné à cette heure-là, car ce n’est pas vous qui parlerez, c’est l’Esprit de votre Père qui parlera en vous. » (Mt 10,19–20)
Vous pouvez interroger n’importe quel évêque, prêtre ou diacre, nous sommes bien souvent dépassés par ce que nous annonçons ! Penser que Dieu appelle seulement des hommes capables serait une erreur. Dieu appelle selon son dessein et rend capable ceux qu’il a appelé. Encore un fois, vous voyez ces dans le don que l’on est appelé à recevoir. Frères et soeurs, le monde frappe à la porte de nos églises et nous nous mourrons de la pauvreté de nos ressources. Il n’est plus temps de tergiverser, chacun doit prendre sa part, un corps n’est en bonne santé que si chaque organe rempli correctement sa fonction. Il n’est pas d’âge pour cela. Il n’est pas de petite fonction, toutes sont nécessaires. Alors OUI cela demande de donner de son temps, c’est bien plus difficile que de contenter de contribuer financièrement, même si cela aussi reste nécessaire. Personne ne peut rajouter même une seule coudée à sa vie (cf Lc 12, 25) Le temps: c’est bien ce que nous avons de plus précieux. Pourtant c’est là qu’est le seul don véritable : « En effet, qui veut sauvegarder sa vie, la perdra ; mais qui perd sa vie à cause de moi, la gagnera » (Mt 16, 25) Voyez vous, ce qui fait une communauté vivante, c’est cela, une mission partagée et portée par tous : « À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » (Jn 13, 34-35) Non seulement ça permet de ne pas épuiser les quelques rares ressources, mais cela donne à chacun de la joie. Parce que c’est en se donnant que l’on apprend à se découvrir soit même, à découvrir ses frères, à rencontrer véritablement le Christ.
Ces derniers mois, plusieurs appels ont été lancés par le père Fabien, sans véritable succès. Il est urgent de passer du mode consommateur au mode disciple missionnaire. Nous avons besoins de chacun, pour l’accompagnement des familles en deuil, l’accompagnement des familles demandant le baptême, l’accompagnement des catéchumènes, pour l’animation liturgique (chant, organiste, préparation des messes, animation du groupe des enfants de choeur…), pour porter la communion aux malades sur notre secteur, pour le ménage et le fleurissement de nos églises….
Sans la participation active de chacun, tout cela finira par disparaitre. « N’ayez pas peur » s’écriait le saint pape Jean-Paul II au soir de son élection au saint siège. La mission quand elle est partagé est légère et comble les coeurs.
« Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? »
Gloire au Père, et au Fils et au Saint Esprit.
diacre Philippe Lenormand.