La cène du Seigneur 2026
« Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant ; plus tard tu comprendras. » Voyez vous frères et soeurs, cette phrase de Jésus, d’une simplicité déconcertante, est un essentiel pour notre vie spirituelle. Combien de fois dans nos vies, ne sommes nous pas déconcertés, voire désespérés devant ce qui semble être le silence de Dieu ? Pourtant la réponse est là, dans cette phrase qui est une invitation à toujours nous remettre en confiance entre ses mains. « Qui d’entre vous, en se faisant du souci, peut ajouter une coudée à la longueur de sa vie ? … Votre Père céleste sait que vous en avez besoin… Ne vous faites pas de souci pour demain : demain aura souci de lui-même ; à chaque jour suffit sa peine. » (Mt 6, 27-34) Ces trois jours saints qui nous sont donnés à vivre, une fois encore cette année, nous appellent au lâcher prise. En ces temps où tous les repères semblent voler en éclats, ou règne chaque jour un peu plus la violence, la haine, l’exclusion, où l’odeur de la mort sature l’atmosphère rougit par les guerres, nous aimerions pouvoir reprendre le contrôle de ce monde qui nous échappe. Peurs légitimes, attisées par les médias traditionnels ou numériques, exploitées et cristallisées par quelques assoiffés de pouvoir qui se voient déjà habillés en messie.
Frères et soeurs, ne nous égarons pas, écoutons le seul vrai Christ, Jésus : « Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît. »(cf. Mt 6) Ne nous y trompons pas, Jésus est Celui qui détient les paroles de la vie éternelle : « Moi je suis le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn 14, 6) Frères et soeurs, aujourd’hui et pendant ces trois jours saints nous sommes appelés à contempler la Croix, à l’embrasser et à l’aimer. Cette ce n’est pas très tendance, je ne vous propose pas du glamour, mais c’est bien sur ce chemin, en se donnant à l’instar de notre Seigneur, que le royaume s’ouvre à nous. « Comprenez-vous ce que je viens de faire pour vous ? Vous m’appelez “Maître” et “Seigneur”, et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. » Dimanche dernier, Fabien nous rappelait dans son homélie, s’appuyant sur saint Paul aux Philippiens, que deux verbes étaient essentiels pour passer de la gloire éphémère des hommes au salut éternel : s’abaisser et s’anéantir. Ce n’est pas facile dans un monde où plaisirs et individualisme sont devenus omniprésents. Pressés de toutes parts par le droit de se faire plaisir, nous devons réapprendre la joie du don. Il en est de même dans le mariage, chers fiancés qui êtes parmi nous ce soir, ce sacrement que vous allez vous donner dans quelques semaines est un don. Époux chrétiens vous serez dans le monde reflets de la fidélité et de l’amour du Christ pour l’humanité. Dans le mariage, vous n’allez pas vous PRENDRE pour époux, non, vous allez vous DONNER l’un à l’autre c’est bien différent. Dans nos communautés, il en va de même, baptisés nous sommes tous appelés à vivre en acte ce don de soi, pas seulement les ministres ordonnés parce qu’intendants des mystères du Christ. C’est par le baptême que nous sommes configurés au Christ, le chemin de la Croix n’est jamais une option, il est la seule voie possible pour suivre Jésus.
Dans quelques mois, nous ne ferons plus qu’une seule et unique grande paroisse, c’est une occasion unique, une chance de nous mettre en route tous ensemble, dans un seul but : témoigner du Christ par notre vie. Il n’est pas ici question de briguer tel ou tel poste, il est question de se mettre au service selon ce que Dieu a déjà préparé d’avance pour chacun de nous. Se mettre au service implique de se dessaisir, de se laisser appeler, pas de marchander avec Dieu, il s’agit de Lui faire confiance y compris quand on ne comprends pas : « Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! Jésus lui répondit : Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi. »
Frères et soeurs, prions en ce saint jour, les uns pour les autres, en communion avec l’Église universelle, et pour le monde entier. Avec la Vierge Marie, avec saint Joseph et tous les saints, ouvrons grand la porte de nos coeurs afin qu’y pénètre et demeure le commandement de notre Seigneur Jésus : « Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » (Jn 13, 34-35)
Ce n’est peut-être pas très original, mais s’il plait à Dieu, cela pourrait devenir la devise de notre nouvelle paroisse…
Gloire au Père, et au Fils, et au Saint Esprit.
diacre Philippe Lenormand.