Homélie pour la messe du 5ème dimanche de Carême.
Dimanche 22 mars 2026.
Frères et sœurs, depuis plusieurs Dimanches, nous cheminons dans l’Evangile de Jean, avec Jésus qui fait de belles rencontres : la rencontre avec la femme de Samarie dans laquelle Jésus se révèle comme la source d’eau vive. La rencontre avec l’aveugle-né où Jésus se manifeste alors comme la lumière du monde, la lumière véritable. En ce 5ème Dimanche, nous sommes témoins de la rencontre de Jésus avec Marthe et Marie, où Jésus se révèle comme « la Résurrection et la Vie » (Jn 11, 25). Et cette Bonne Nouvelle, nous voulons l’accueillir dans l’espérance.
En accueillant Jésus qui se présente comme « la Résurrection et la Vie », nous sommes tournés vers sa divinité ; Et dans ce passage de l’évangile selon saint Jean, la divinité de Jésus et son humanité sont étroitement mêlées. Dans ce passage, saint Jean nous montre vraiment que Jésus est pleinement homme et pleinement Dieu. Qu’il est vrai homme et vrai Dieu. Son humanité se révèle à travers l’amitié qu’il tisse avec Marthe, Marie et Lazare. À plusieurs reprises Saint Jean précise que Jésus les aimait (Jn 11, 3.5.36).
Marthe et Marie font dire à Jésus : « Celui que tu aimes est malade » (Jn 11, 3). Et Jésus sera profondément ému de la peine des deux sœurs. Il sera bouleversé en approchant de la tombe de son ami Lazare et il pleurera (Jn 11, 33.35). Toute l’humanité du Christ Jésus nous est présentée ici et c’est dans la plénitude de cette humanité, rejoignant notre propre humanité, qu’il va pouvoir se révéler comme « la Résurrection et la Vie ».
Nous pouvons remarquer dans l’Evangile que les sœurs de Lazare, au lieu d’envoyer demander au Sauveur la guérison de leur frère, disent simplement que « celui que Jésus aimait était malade (Jn 11, 3) » Cette prière que Marthe et Marie font à Jésus peut nous mettre chacun et chacune sur un chemin de conversion par rapport à nos prières d’intercession et à nos demandes. Bien souvent, quand nous faisons des prières d’intercession, sans nous en rendre compte, nous donnons des ordres à Dieu. Il y a là un chemin de conversion de nos mentalités et de nos manières de faire pour évangéliser nos prières d’intercession. Pour intercéder, nous pouvons présenter à Dieu tout ce que nous vivons, tout simplement dans la foi, l’abandon et l’amour
Nous voyons aussi dans l’Evangile que Jésus accueille la demande, mais malgré toute l’affection qu’il porte à son ami Lazare, il va attendre deux jours avant de se mettre en route. Deux jours pour permettre à l’œuvre de Dieu de se manifester. Jésus donne à ses disciples un premier enseignement en leur parlant de la mort comme d’un sommeil, comme d’un temps de passage entre cette vie et la vraie Vie. Souvent sur les pierres tombales de nos cimetières, nous pouvons lire : « Ici repose telle personne », et cela nous redit que pour nous chrétiens, la mort n’est qu’un temps de sommeil dans l’espérance d’un éveil. Cet enseignement de Jésus est essentiel.
L’épître aux Hébreux affirme que Jésus est venu « affranchir tous ceux qui, leur vie entière, étaient tenus en esclavage par crainte de la mort. » (He 2, 14-15). Devant la question de la mort, nous sommes souvent dans la crainte et la peur. Nous n’envisageons pas spontanément notre mort comme un sommeil, comme un passage vers le Père. Lorsque nous accompagnons des frères et des sœurs au moment des obsèques, lorsque nous vivons nous-mêmes des deuils qui touchent des êtres proches que nous aimons, nous sommes réinterrogés au plus profond de nous-mêmes. Il nous faut cheminer avec la grâce de Dieu pour consentir à notre être mortel, à l’être mortel de nos proches, mais avec cette certitude de foi que la mort n’est qu’un sommeil qui débouche sur la plénitude de la vie.
Dans l’Evangile, Jésus revient à Béthanie avec ses disciples et rencontre d’abord Marthe qui affirme sa foi en la Résurrection aux derniers jours. Mais Jésus lui affirme : « Moi, je suis la Résurrection et la Vie, tout homme qui vit et qui croit en moi ne mourra jamais » (Jn 11, 25-26). Par cette parole, Jésus nous indique que, si nous avons foi en lui, nous ne ressusciterons pas simplement aux derniers jours mais que nous sommes déjà ressuscités.
Frères et sœurs, demandons-nous si nous nous sentons vivre en ressuscités, si la vie nouvelle est déjà bien à l’œuvre en nous. Avons-nous conscience que la grâce de notre baptême nous a fait mourir au péché pour renaître dans le Christ ? Laissons-nous vraiment s’épanouir jusqu’au plus profond de notre être la vie nouvelle ?
Nous sommes déjà des Ressuscités ! Nous le deviendrons pleinement quand nous serons passés par la mort ; mais nous sommes déjà ressuscités avec le Christ puisque nous croyons en lui et que nous vivons de lui, nous nourrissant de son Corps et de son Sang dans cette Eucharistie qui est le mémorial de son Mystère Pascal. Comme Marthe, il nous faut répondre : « Oui, Seigneur, je crois. » (Jn 11, 27).
Dans le passage de l’Evangile, où Jésus ressuscite son ami Lazare, nous voyons que :
La grotte reste fermée par une pierre (Jn 11, 39) alors qu’au matin de Pâques, la pierre a été roulée (Jn 20, 1). Le corps sent déjà (Jn 11, 39), alors qu’au matin de Pâques le tombeau sera vide (Jn 20, 2). Les bandelettes enserrent les membres de Lazare et le suaire couvre son visage (Jn 11, 44). Au matin de Pâques, Pierre et Jean, entrant dans le tombeau vide, découvriront les bandelettes rangées et le suaire posé à part (Jn 20, 6-7). Cela nous rappelle qu’il n’y a qu’une Résurrection véritable, celle du Christ Jésus au matin de Pâques ; et c’est en lui, et en lui seul, que nous ressuscitons pleinement et véritablement.
L’évangile de ce dimanche s’achève sur le fait que ceux qui étaient là autour de Marie crurent en lui. À la fin de ce onzième chapitre de l’évangile selon saint Jean, nous entrerons dans la Passion (Jn 12). Dans une semaine s’ouvrira pour nous la Semaine Sainte qui nous fera vivre la plénitude de ce Mystère Pascal, plénitude de notre foi chrétienne.
En cette eucharistie, frères et sœurs, demandons l’intercession de Marthe et de Marie, qu’elles nous apprennent à être des intercesseurs selon le cœur de Dieu, qu’elles nous apprennent à être des croyants qui accueillent pour eux-mêmes et pour le monde la Bonne Nouvelle de la Résurrection. Que Dieu prépare nos cœurs à célébrer le mystère Pascal de la mort et de la résurrection du Christ, son Fils, notre Sauveur. Amen.
Père Fabien Le Cam +