Homélie pour la messe du 5ème Dimanche du tps ordinaire – année A
Dimanche 08 février 2026
L’Evangile de ce dimanche s’inscrit dans le discours sur la montagne. Au début du chapitre 5 de Matthieu, on nous rappelle que Jésus a voulu rassembler ses disciples, pour les enseigner, pour leur faire comprendre la profondeur de leur vocation, de la vie avec Lui : « A la vue des foules, Jésus monta sur la montagne. Il s’assit et ses disciples s’approchèrent de lui. Et prenant la Parole, il les enseignait. »[1]
En ce dimanche, nous aussi nous avons fait le déplacement. Nous avons quitté, notre maison, pour rencontrer le Christ, qui veut nous enseigner. Nous sommes montés jusqu’à la montagne, l’autel où Dieu se donne en nourriture.
Chaque rassemblement du dimanche est une convocation de Dieu qui veut rassembler son peuple. Chaque dimanche peut devenir, si nous ouvrons nos cœurs, un temps de vie et d’enseignement profond pour avancer dans la maturité de la foi et de la vie chrétienne.
Dans son discours sur la montagne Jésus insiste sur deux aspects essentiels de notre vocation chrétienne à travers deux paroles : « Vous êtes le sel de la terre. Si le sel se dénature, comment redeviendra-t-il du sel ? Il n’est plus bon à rien. » « Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne peut être cachée. La lampe, on la met sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. »[2]
Frères et sœurs, Dieu appelle tous les disciples que nous sommes à prendre conscience de leur vocation. Nous avons à devenir sel de la terre et lumière du monde.
La part du Corps du Christ que nous formons, ici et maintenant, de par notre baptême est appelée à devenir sel de la terre et lumière du monde. Qu’est-ce que cela veut dire ?
Des chrétiens le comprennent et le vivent lorsqu’ils répondent à l’appel de Dieu pour témoigner et se mettre au service de la communauté. Ils deviennent lumière pour les hommes, pour toute la maison. D’autres ont peur de s’engager, restant enfermés dans le doute et la crainte. Notre vocation chrétienne doit nous conduire à faire l’expérience que Dieu, dans la réponse de foi que nous lui faisons, nous assiste de l’Esprit : Dieu agit par son Corps qui est l’Eglise. L’Apôtre Paul le rappelle à la communauté de Rome dans une de ses lettres : « En effet, ceux-là sont fils de Dieu qui sont conduits par l’Esprit de Dieu : vous n’avez pas reçu, un esprit qui vous rende esclave et vous ramène à la peur, mais un Esprit qui fait de vous des Fils adoptifs. »[3]
Pour que notre lumière brille devant les hommes, nous devons entrer dans cette filiation que Dieu nous propose, nous devons faire confiance à l’Esprit. Si vraiment nous croyons que Dieu est lumière, si vraiment nous croyons que Dieu fait de nous le Sel de la terre. Nos communautés chrétiennes doivent franchir la Mer Rouge des peurs et des doutes, pour librement et dans la vérité, répondre à l’appel du Père. Jésus nous le proclame dans l’Evangile. Ce qui est en jeu, c’est finalement le salut des hommes et leur rencontre avec Dieu : « En voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. »[4] Dieu n’a pas d’autres moyens que d’agir par son Corps qui est l’Eglise. Dans la vie de nos communautés, dans notre vie toute simple, jour après jour, nous devons rendre visible cette réalité, cette action de Dieu.
C’est le deuxième point d’insistance de cet Evangile – Le baptême nous a été donné pour que notre vie devienne lumière et sel de la terre, pour tous les hommes. Nos petites communautés qui se retrouvent régulièrement sont des lumières pour le monde et l’Eglise. Chaque membre par sa vie partagée devient sel de la terre. Les petites fraternités que nous allons relancer dans quelques jours lors du carême sont des petites lumières pour notre monde.
Dans sa lettre aux Corinthiens, Paul nous donne le secret, la clef pour réussir en quelque sorte la mission que Dieu nous confie.
« Frères quand je suis venu chez vous, je ne suis pas venu vous annoncer le mystère de Dieu avec le prestige du langage humain ou de la sagesse. Parmi vous, je n’ai rien voulu connaître d’autre que Jésus Christ, ce Messie crucifié. »[5]
Dieu n’a pas attendu que Paul ait toutes les qualités du monde, pour en faire son disciple et son Apôtre. A l’image de Paul, toute communauté chrétienne a ses richesses et ses faiblesses, ses manques. Si nos communautés chrétiennes demeurent profondément enracinées dans le Christ le Messie crucifié, elles pourront déployer toute la force et la puissance que Dieu veut y mettre.
Cela signifie que notre vocation ne repose pas sur les seules forces humaines, que nos engagements, nos efforts ne reposent pas sur nos seules facultés d’adaptation ou nos qualités… l’enseignement de ce jour, c’est que le sacrement de notre baptême, don de Dieu pour servir, est enraciné dans la foi, et la foi repose sur la puissance de Dieu.
La foi, don de Dieu est lumière pour le monde.
Frères et sœurs, prions ensemble, pour que notre baptême déploie l’amour du Père en actes et en vérité, dans le quotidien de notre vie. Comme nous le rappelle le prophète Isaïe dans la première lecture de ce Dimanche, ce qui plaît à Dieu ce n’est pas ce que nous croyons mais la manière dont nous vivons la charité car c’est ainsi que nous sommes pour nos frères, les vrais reflets de la lumière de Dieu : « Partageons notre pain avec celui qui a faim, recueillons chez nous le malheureux sans abri, couvrons celui que nous verrons sans vêtement, ne nous dérobons pas à celui qui comme nous est enfant de Dieu., La lumière jaillira comme l’aurore, et nos forces reviendront rapidement, la gloire du Seigneur nous accompagnera. »[6]
Père Fabien Le Cam +
[1] Mt 5,1-2
[2] Mt 5,13-15
[3] Rm 8,14-15
[4] Mt 5,16
[5] 1 Co 2,1-2
[6] Isaïe 58,7…