Homélie Avent D3 – année A – Dimanche de Gaudete, 14 décembre 2025

« Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez : Les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle.»

Voilà ce pourquoi Jésus compte sur nous ! Annoncer qu’il est venu sauver tout ce qui est faussé, tout ce qui semble irrémédiablement perdu. Non seulement c’est une nouvelle facile à annoncer, mais c’est rassurant. Rassurant parce qu’alors nous sommes, nous aussi, concernés par ce salut. À moins que nous ne soyons déjà une communauté de justes ? 

Non frères et sœurs, fort heureusement il n’est pas nécessaire d’être parfait pour plaire à Dieu. Bien au contraire, Jésus est là pour ceux qui en ont le plus besoin : les pécheurs (cf. Mc 2, 17). Il veut qu’aucune des brebis que lui a confié le Père ne se perde, et c’est ce qui fait sa joie : il y a plus de joie dans le ciel pour  un pécheur qui se convertit que pour 99 justes !  Vous voyez probablement où je veux en venir, même si ce n’est pas très tendance, pourtant le sacrement de réconciliation demeure indispensable. La sainte Église recommande même aux fidèles d’y avoir recours au minimum une fois par an.  Indispensable parce qu’il est le lieu où Dieu se fait encore plus proche de nous, lieu où il se fait miséricorde, lieu où il se fait particulièrement Père ! Malgré tout cela, la démarche demeure pour nombre d’entre nous difficile. A bien y réfléchir, ce n’est pas très surprenant dans nos sociétés de plus en plus brutales où la loi du plus fort semble reprendre droit. Mais est ce bien là, la véritable force ? Je ne le pense pas, l’apôtre des nations nous le dit c’est dans notre faiblesse que se révèle toute la puissance de Dieu. (Cf 2Co 12,10). Il est illusoire de tout vouloir faire en ne comptant que sur nos propres forces. Jésus pourtant nous à montré le chemin, mais nous sommes bien long à comprendre. Frères et soeurs, qu’on le veuille ou non, nous sommes destinés par notre baptême à emprunter le chemin de la croix. Dès lors que l’on renonce à la Croix du Christ, qu’elle n’est plus au cœur de notre foi alors nous nous égarons. « un serviteur n’est pas plus grand que son maître, ni un envoyé plus grand que celui qui l’envoie. » (Jn 13, 16). Refuser la Croix, c’est refuser la résurrection, c’est refuser la puissance de vie qu’est Dieu, c’est donner raison au mal, croire que le dernier mot est à la mort ! 

« Soyez forts, ne craignez pas. Voici votre Dieu : c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu. Il vient lui-même et va vous sauver. » nous exhorte le prophète dans la première lecture. « Frères, prenez pour modèles d’endurance et de patience  les prophètes qui ont parlé au nom du Seigneur. » surenchérit l’apôtre Jacques. Frères et sœurs, n’ayez pas peur de vous approcher du Christ Jésus : « Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. » (Mt 11, 29-30). Écoutons cet exhortation du saint pape Jean-Paul II, en 1978 il inaugure son pontificat par ces mots : «N’ayez pas peur ! Ouvrez, en effet, grandes les portes au Christ !».  Dans ce n’ayez pas peur, qu’il entendre au sens large, c’est à dire n’ayez pas peur y compris de vous même, de vos erreurs, de vos errements, de vos faiblesses. N’ayez pas peur parce que Dieu a tant aimé le monde qu’il lui a donné son Fils unique pour le sauver (cf. Jn 3, 16). Cette rédemption acquise par le Christ est définitive, elle nous est acquise « afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle. » achève le verset. 

Dès lors, quel risque y a t’il à approcher ce beau sacrement du pardon ? Aurions nous peur de nous réconcilier avec nous même, aurions nous peur de retrouver notre part de divinité ? Parce que c’est de cela qu’il est question. Dans le péché nous nous éloignons avant tout de nous même, de notre être profond d’enfant de Dieu. 

Ce troisième dimanche de l’avent, aussi appelé dimanche de gaudete est un dimanche qui annonce la joie (raison pour laquelle nos ornements sont aujourd’hui de couleur rose). Cette joie profonde qui vient, non pas des cadeaux du père Noel, mais bien de l’accomplissement de la parole de Dieu, la promesse de salut pour l’humanité promesse annoncée à notre père Abraham : « En toi seront bénies toutes les familles de la terre. »(Gn 12, 3), et réalisée en Marie « Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. » Marie dit à l’ange : « Comment cela va-t-il se faire puisque je ne connais pas d’homme ? » L’ange lui répondit : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, il sera appelé Fils de Dieu. »  (Lc 1, 31-35) 

Vous le comprenez maintenant Noël et Pâques sont intimement liés, la joie de Noël est déjà anticipation de l’exultation de Pâques, de la victoire de la Vie sur la mort, de la victoire de l’Amour. 

En ce dimanche de Gaudete, prions les uns pour les autres, demandons au Seigneur de venir faire la lumière dans nos cœurs afin que nous soit révélé notre péché. Ainsi éclairés, nous pourrons à notre tour courir à sa rencontre en nous écriant : « Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils » ( Lc 15, 21). Alors, frères et soeurs soyez en persuadés, bien vite le Seigneur Dieu nous revêtiras de ses plus beaux vêtements et fera tuer le veau gras pour fêter notre retour à la vie. 

Gloire au Père, et au Fils, et au Saint Esprit. 

d. Philippe Lenormand.