HOMELIE DU JUBILE DE SAINT LÔ Messe de Notre Dame du Pilier 12 octobre 2025 – Eglise Notre Dame de Saint Lô

HOMELIE DU JUBILE DE SAINT LÔ

Messe de Notre Dame du Pilier

12 octobre 2025 – Eglise Notre Dame de Saint Lô

 

Textes :

  • Chroniques 15, 3-4.15-16 ; 16, 1-2
  • Ps 26 1, 3, 4, 5
  • Actes des Apôtres 1, 12-14
  • Luc 11, 27-28

 

Frères et Sœurs, chers amis,

Le P. Laurent Perrée nous a proposé tout au long de l’année 2025, de célébrer les 1.000 ans de dévotion à la Vierge Marie ici à Saint-Lô. En communion avec ses confrères et les équipes pastorales, il voulait, dans la pure tradition saint-loise qui remonte, confier à Notre Dame, l’élan missionnaire auquel nous sommes tous invités par l’Esprit-Saint qui nous habite depuis le jour de notre baptême et de notre confirmation. N’oublions pas que c’est aujourd’hui le lancement de la semaine missionnaire mondiale.

En proposant de faire de la date du 12 octobre un rendez-vous annuel pérenne pour les paroisses de Saint-Laud et de ses environs, appelées à se rassembler en une seule entité à l’horizon 2027, vos prêtres ont intelligemment voulu renouer avec une autre tradition très ancienne : la prière à Notre-Dame du Pilier qui remonte à 1418.

C’est en Espagne, que la dévotion à « Nuestra Senora del Pilar » trouve son origine.

Au tout début de l’ère chrétienne, en l’an 40, on raconte que l’apôtre Saint Jacques, évangélisateur de la province romaine d’Hispanie qui deviendra plus tard l’Espagne, était en proie à de nombreux découragements dans son entreprise d’évangélisation. La Vierge Marie lui serait alors apparue, aux environs de Saragosse, perchée sur une colonne de jaspe, entourée de milliers d’anges, pour le réconforter et lui redonner l’espérance dans son entreprise missionnaire…

C’est le missionnaire dominicain espagnol Saint Vincent Ferrier qui, lors d’une mission qu’il prêcha à Saint-Lô en 1418 introduisit cette dévotion à Notre-Dame du Pilier en notre bonne ville de Saint-Lô.

Je n’oublie pas aussi que cette année 2025, année du jubilé de l’Espérance, est aussi l’occasion de célébrer les 1500 ans d’ordination épiscopale de mon illustre prédécesseur Saint Laud, cinquième évêque de Coutances, qui a laissé son nom à la ville préfecture de notre département.

Merci à celles et ceux qui nous ont permis de revivre les grandes étapes de notre histoire locale hier après-midi et hier soir en cette Eglise.

Voilà une belle manière tout en faisant mémoire avec gratitude du passé, d’accueillir joyeusement la grâce présente, en nous tournant avec Foi vers l’avenir.

Revenons un peu à la Parole de Dieu.

Vu les circonstances, les textes que nous venons d’entendre, ne sont pas ceux de la liturgie du 28e dimanche ordinaire que l’Eglise universelle célèbre aujourd’hui, mais ceux prévus pour la messe votive à Notre-Dame du Pilier.

La première lecture nous a montré comment David rassemble tout le peuple de Dieu avec les fils d’Aaron et les lévites (c’est-à-dire les prêtres) pour installer l’arche de Dieu dans la tente qu’il a dressée spécialement pour elle.

La tradition chrétienne a, depuis longtemps, appris à contempler Marie comme « Arche de la Nouvelle Alliance », pour reprendre une expression utilisée dans les litanies de la Vierge Marie.

L’Arche de la première Alliance, contenait, nous dit l’auteur de la lettre aux Hébreux : « un vase d’or contenant la manne, le bâton d’Aaron qui avait fleuri, (désignant ainsi la descendance d’Aaron comme chargée du sacerdoce) et les tables de l’Alliance (sur lesquelles Dieu avait gravé les 10 commandements). »(Hb 9, 4) Autant de signes qui montraient l’amour prévenant, éducateur et nourricier de Dieu pour son peuple.

Avec Jésus nous passons au stade supérieur : « Poussé par l’Esprit, s’offrant lui-même à Dieu, le Christ est devenu le médiateur de l’Alliance nouvelle » (cf. Hb 9, 14-15) nous dit la lettre aux Hébreux. Jésus n’est plus le « signe », mais le médiateur même de cette Alliance Il incarne en lui cette Alliance. « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang répandu pour vous » (Lc 22, 20), déclare Jésus lors du dernier repas partagé avec ses disciples.

Il est à la fois « l’Alliance », nous venons de le dire, mais aussi « la nouvelle manne » : « Ce n’est pas Moïse…/… c’est mon Père qui vous donne le vrai pain venu du Ciel.» (Jn 6,32) « Prenez, mangez, ceci est mon corps. » (Mt, 26, 26) et le seul « grand prêtre » : « Parce qu’il demeure pour l’éternité, nous dit encore une fois la lettre aux Hébreux, Jésus possède un sacerdoce qui ne passe pas. » (Hb 7, 24)

Marie qui, en son sein, a accueilli le prêtre de l’Alliance nouvelle et éternelle est donc bien l’Arche de La Nouvelle Alliance.

C’est à ce titre que l’on attribue aussi à Marie le titre de « Janua Coeli » (porte du Ciel). Non pas parce qu’elle ouvre aux hommes les portes du Ciel, – cà c’est Jésus qui le fait – mais parce que son « fiat », le « oui à la volonté de Dieu » qu’elle prononce au jour de l’Annonciation, ouvre au Verbe incréé les portes de la condition mortelle. Elle permet au Roi du Ciel de prendre chair de notre chair…

Et c’est justement en cela qu’elle devient pour nous un modèle par excellence de disciple missionnaire.

Le capucin Marie-Abdon Santaner, écrit à propos de l’Incarnation : « Au sein de Marie l’Esprit a rendu possible la rencontre entre le ciel et la terre, entre la glaise et la Gloire. Un admirable échange s’est accompli. Cette fréquentation a produit un être humain en qui l’homme peut dire « c’est moi ! » au sujet de Dieu et en qui Dieu dit « c’est moi !  » au sujet de l’homme. En cet être humain, l’humanité à venir a commencé d’exister. »[1]

En permettant au Verbe de Dieu de prendre chair de notre chair et en prenant soin avec Joseph de son éducation, Marie lui fournit ce dont il a besoin pour nous apprendre à vivre en fils de Dieu quand on est un fils d’homme.

Et nous chrétiens, en Eglise, qu’avons-nous d’autre à faire en ce monde que ce que Marie a déjà fait :  Accueillir le Christ en nous et le donner à nos frères ? Lui permettant de s’incarner toujours davantage en chacun et d’y continuer son incessante ascension vers le Père.

Oui, bien sûr nous sommes d’accord avec la femme qui s’écrie dans l’Evangile : « Heureuse la mère qui t’a porté en elle, et dont les seins t’ont nourri ! » mais ô combien tu as raison Jésus de nous répondre ; « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu, et qui la gardent ! »

Voilà notre feuille de route, frères et sœurs ! Où que nous soyons et qui que nous soyons, ne cessons pas « d’écouter la Parole de Dieu et de la garder ! »

Notre bien-aimé Pape Léon, reprenant à son compte et complétant un projet de son prédécesseur François, vient de nous adresser une belle exhortation apostolique. Il s’appuie dès les premières lignes sur un extrait du livre de l’Apocalypse. La voix de Dieu s’adresse à une communauté pauvre et fragile (qui peut faire penser à notre Eglise d’Occident qui vit une réelle période d’appauvrissement) et voilà ce qu’elle déclare : « Sans avoir beaucoup de puissance, tu as gardé ma parole et tu n’as pas renié mon nom. …/… ils viendront, ils se prosterneront à tes pieds ; alors ils connaîtront que moi, je t’ai aimé (dilexi te). » (Ap 3,8-9)

Je fais le rapprochement avec l’attitude de Marie relatée à plusieurs reprises dans l’Evangile de Luc : « Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur » (Lc 2,19)… Et voilà qu’au seuil des Actes des Apôtres dont il est aussi l’auteur, Luc revient sur cet aspect quand il parle des apôtres après l’Ascension, comme nous l’avons entendu tout à l’heure dans la deuxième lecture : « Tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière, avec des femmes, avec Marie la mère de Jésus,et avec ses frères. »

Je n’étais pas à Saragosse il y a 1985 ans et je ne sais donc pas ce que Marie a dit à Saint Jacques qui portait durement le poids du jour et de la chaleur dans son travail missionnaire en terre espagnole, mais elle lui aura probablement soufflé comme aux serviteurs des noces de Cana et comme elle le souffle à chacun d’entre nous : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le ! » (Jn 2, 5) Oui, Seigneur, « qu’il me soit fait selon ta Parole ! » (Lc 1, 38)

Comme autrefois l’Arche d’Alliance fit une étape dans la maison d’Obed-Édom, le Guittite, lui apportant joie et bénédiction (Cf. 2 S 6, 10-12) ; comme autrefois Marie, Arche de la Nouvelle Alliance, visita sa cousine Élisabeth provoquant en elle le tressaillement du Baptiste sur lequel le Pape François a beaucoup médité lors de son voyage à Marseille, puisse la Vierge du Pilier qui a pèleriné dans nombre de vos familles tout au long de l’année, réveiller le petit Jean-Baptiste qui sommeille en chacun d’entre vous et faire de vous les disciples missionnaires dans notre église diocésaine a tant besoin.

Arche d’Alliance, Porte du Ciel, Marie, pilier de notre foi, enracine nos cœurs dans l’amour de ton Fils pour qu’avec Lui nous restions disponibles à la volonté du Père.

[1] Marie-Abdon Santaner, L’esprit au cœur de la vie, Mediaspaul, Paris, 1997, p. 44.