Homélie pour la messe du 23ème dimanche Temps Ordinaire C
Dimanche 07 septembre 2025.
Frères et sœurs, dans l’Évangile de ce dimanche, nous voyons de grandes foules suivre Jésus et faire route avec lui. Nous sommes au cœur de l’Evangile de Luc et déjà beaucoup ont découvert la mission de Jésus et veulent aller plus loin avec lui.
Mais ces foules, Jésus veut les inviter à faire un pas important en passant du statut d’auditeurs libres et anonymes de son enseignement (Lc 4,42; 5,3) et de bénéficiaire de ses miracles, au « rang » de disciple. Mais il faudra auparavant remplir deux conditions : préférer le Christ aux siens et même à soi-même et porter sa croix.
De nos jours, peut-être que l’invitation du Christ à le suivre en vrai disciple – invitation toujours actuelle – semble être trop exigeante, déconcertante ou incompréhensible pour le monde. Nous venons de l’entendre dans le passage de la première lecture tirée du livre de la Sagesse : « Quel homme peut découvrir les intentions de Dieu ? Qui peut comprendre les volontés du Seigneur ? »
Mais que signifie en fait être disciple ?
Dans le langage biblique, le disciple est non seulement celui qui marche à la suite de son maître (Lc 9,57- 62), mais aussi celui qui est en relation étroite et définitive avec lui (Lc 5,33) ; en même temps, il s’engage à rendre témoignage au maître jusqu’au don de sa vie par amour. On comprend mieux pourquoi Jésus s’adressait ainsi à ses premiers disciples :
« Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même et prenne sa croix chaque jour, et qu’il me suive. En effet, qui veut sauver sa vie, la perdra ; mais qui perd sa vie à cause de moi, la sauvera. » (Lc 9,23-25).
Nous pouvons relire notre vie à la lumière de cette page d’Évangile : Pour qui nous dépensons-nous ? Pour qui donnons-nous notre vie ? Au cœur de nos vies trépidantes, il arrive que nous courrions pour des futilités sans finalement discerner les priorités. Donner notre vie à cause du Christ nous ouvre la possibilité de la sauver.
Donner la préférence au Christ plutôt qu’à ses proches et à soi-même, signifie avoir un amour sans partage pour le Christ, car lui seul est capable de combler notre cœur en plénitude ; lui seul peut satisfaire toutes nos aspirations les plus profondes.
Donner la préférence au Christ plutôt qu’à ses proches et à soi-même, c’est aussi selon Saint Benoît « ne rien préférer à l’amour du Christ ». Autrement dit, c’est lui donner une place essentielle, centrale dans notre vie chrétienne ; c’est apprendre à aimer de l’amour même du Christ ceux qui me sont confiés, c’est faire du Christ et de son enseignement le principe essentiel de ma relation avec mon entourage. C’est aussi sortir de nos cadres clos et individualistes pour témoigner de la présence vivante et agissante de Jésus dans nos vies à travers les sacrements, surtout par la participation à l’Eucharistie qui renforce nos liens au baptême ; c’est se confier au Christ dans la prière en le rencontrant comme un ami intime, comme un frère très proche. On peut aussi ajouter à la lumière de la prière d’ouverture de cette messe, que donner la préférence à Jésus, c’est adhérer à la grande communauté de l’Eglise, la grande famille de Dieu, qui a envoyé son Fils pour nous sauver et pour faire de nous ses enfants d’adoption afin de nous donner la vraie liberté et la vie éternelle.
Qu’en est-il de la croix à porter ? A quelques jours de la fête de la Croix glorieuse (le 14 septembre prochain), cet évangile nous permet de reconsidérer la place de la croix dans la vie chrétienne. Voici ce qu’en dit le verset qui introduit la messe du Jeudi Saint : « Que notre seule fierté soit la croix de notre Seigneur Jésus Christ. En lui, nous avons le salut, la vie et la résurrection, par lui nous sommes sauvés et délivrés ».
En effet, la croix, autrefois instrument de supplice, ne peut être comprise qu’à la lumière du salut de Dieu. Elle est en effet, l’instrument de la manifestation de l’amour, de la miséricorde de Dieu pour nous. Porter sa croix ne signifie donc pas uniquement supporter des épreuves au nom du Christ, mais cela indique aussi le devoir pour chaque chrétien, d’intérioriser de jour en jour le mystère de la Passion et de la Résurrection du Christ, auteur de notre salut. Porter sa croix, c’est affirmer la volonté de vouloir imiter le Christ, victorieux du mal.
Frères et sœurs, en ce dimanche, demandons-nous jusqu’où va notre engagement à la suite du Christ ? C’est à chacun d’y répondre dans le secret de son cœur en prenant, toujours selon l’évangile, deux précautions. La première : c’est de répondre dans l’humilité et la prudence pour ne pas engager une bataille sans forces suffisantes ; et se souvenir que c’est lui Dieu qui est notre force, notre roc, notre forteresse, notre libérateur »).
La deuxième précaution, c’est de mettre l’amour en premier dans notre suite du Christ, comme la Sainte de Calcutta, Mère Térésa a toujours essayer de le vivre. Elle dit ces paroles que nous pourrons conserver : « Si tu juges les gens, tu n’as pas le temps de les aimer. Ce qui compte ce n’est pas ce que l’on donne mais l’amour avec lequel on donne. Donne tes mains pour servir et ton cœur pour aimer.»
En ce temps de rentrée pastorale, en ce dimanche où nous célébrons le couronnement de Celle qui a tout donné à Dieu, prions pour que l’amour de Dieu soit au cœur de la vie de nos communautés chrétiennes, de nos familles, au cœur de notre vie quotidienne. Si nous mettons l’amour en premier, nous verrons que les choses seront plus faciles à vivre. Quand l’Amour de Dieu est présent, nous pouvons donner notre vie, nous pouvons aimer et servir.
En ce dimanche, demandons au Seigneur les grâces qui nous sont nécessaires pour porter notre croix en vrais disciples du Maître crucifié et ressuscité.
Oui, Seigneur, pour que nous soyons disciples de ton Fils, tu exiges de nous un amour sans partage et un renoncement total. Ce que nous sommes incapables de faire par nous-mêmes, que ta grâce nous en donne la force : alors, nous pourrons porter notre croix et marcher à la suite de ton Fils dans la foi, l’amour et l’espérance.
Amen.
Père Fabien Le Cam, curé de Torigni et Tessy.