Homélie pour la messe de Jubilé de 25 ans de sacerdoce

Homélie pour la messe de Jubilé de 25 ans de sacerdoce

En la solennité des apôtres Saint Pierre et Saint Paul.

Frères et sœurs, nous fêtons en ce dimanche les apôtres Saint Pierre et Saint Paul, les deux colonnes de l’Église. Dans la destinée de ces deux hommes, si différents par le tempérament et la culture, ce fut leur foi et leur connaissance intime du Christ ressuscité, la singularité de leur vocation aux commencements de l’Église, et la générosité dans leur réponse à l’appel du Christ malgré leurs faiblesses qui nous frappent.

Saint Paul dira : « Je sais en qui j’ai cru. »

Saint Pierre dira : « Tu es le Christ, le fils du Dieu vivant ! »

Le don de leur vie au Christ les conduira à sanctifier l’Église de Rome en y scellant leur témoignage par le martyr en 64 pour Saint Pierre et 67 pour Saint Paul.

Dans ses lettres du Nouveau Testament, Saint Paul nous rappelle sa vocation : « Dieu m’avait mis à part dès le sein de ma mère ; dans sa grâce, il m’a appelé ; et il a trouvé bon de révéler en moi son Fils. »

Bien-aimé, je suis déjà offert en sacrifice, le moment de mon départ est venu. J’ai mené le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi. Je n’ai plus qu’à recevoir la couronne de la justice. »

Ces deux paroles font écho à ma vocation. Depuis quelques jours j’en relis l’histoire et je vois combien le Seigneur m’a accompagné dans ma vie dès l’enfance. Je remercie tout d’abord mes parents qui m’ont donné la possibilité d’être baptisé à l’église Notre-Dame de Saint Lô, de suivre le catéchisme et de recevoir les sacrements de la première des communions, de la confirmation. Je crois que les parents ne se rendent pas toujours compte de ce qui peut advenir quand ils demandent le baptême de leur enfant. Le Seigneur voit loin et nous fait parfois de grandes surprises.

J’ai eu la chance aussi d’avoir ma grand-mère qui m’a appris à prier, j’avais alors 3 ans.  En allant au marché de Saint Lô à pied, nous nous arrêtions toujours à l’église pour prier aux intentions de toute la famille. Elle m’a fait poser la main sur le loup de Saint Gilles à cause de peurs nocturnes qui m’empêchait de dormir la nuit et cela m’a beaucoup rassuré. J’en ai même été guéri quelques temps après.

Dans les années de catéchisme, un prêtre m’a beaucoup marqué et j’ai relu il y a quelques mois que le Seigneur avait mis ce prêtre sur ma route pour me montrer la beauté et la joie d’être prêtre. Le père Albert Bulot, curé alors de la paroisse de Bréhal était un homme simple et profond dont le charisme premier était le chant. Quand on vivait la messe avec lui, on avait l’impression que le Ciel s’ouvrait et que la cohorte des anges était présente autour de l’autel.  J’ai encore une grande impression en moi de ce que le Seigneur m’a donné par ce prêtre et je l’en remercie beaucoup. Ma vocation en a été profondément marquée.  Mais l’évènement qui m’aura le plus chamboulé intérieurement, c’est le sacrement de la confirmation. Le Seigneur m’a fait comprendre il n’y a pas si longtemps que c’est le jour de ma confirmation par Mgr Wicquart qu’il a inscrit au plus profond de mon cœur le désir de le servir dans la vocation de prêtre. Et ce jour-là le Seigneur m’a donné toutes les grâces nécessaires pour avancer d’un pas décidé. Je me souviens encore avec beaucoup d’émotions que les larmes coulaient de mes yeux, j’en étais très gêné de donner ce spectacle devant les autres mais je ne pouvais pas arrêter ce flot continu qui sortait de mes yeux, tellement je ressentais en moi, le feu de l’amour de Dieu et sa miséricorde. J’ai vraiment vécu cela une fois dans ma vie et j’en garde le souvenir comme si c’était hier.

En regardant en arrière ces 25 années qui se sont écoulées, je vois de plus en plus que le Seigneur a un plan pour nous, il a une mission pour chacun de nous. Plus on avance, plus il faut lâcher prise en continuant à se donner. Le jour de l’ordination, le 25 juin 2000 en la cathédrale de Coutances, avec mes autres frères prêtres, j’ai attaché ma main encore plus fermement à la charrue du Christ qui creuse les sillons pour accueillir la parole de l’Évangile… Cette charrue, elle parcourt la terre du monde depuis des siècles et elle continuera après nous. En s’engageant à vivre le célibat dans la chasteté, à prier la liturgie des heures pour le monde, et à vivre l’obéissance à notre évêque et ses successeurs, nous faisons en sorte par la grâce de Dieu de tenir la charrue droite afin qu’elle creuse de beaux sillons.

Comme l’écrit saint Paul : Il faut mener le beau combat et aller jusqu’au bout de la course dans la joie et l’espérance. Le sacerdoce nous engage à vivre un beau combat pour le Christ et pour Dieu son Père, dans l’assurance d’être assisté par l’Esprit Saint. Le premier combat du prêtre est d’abord contre lui-même et plus on avance en âge, plus on se découvre avec ses pauvretés et ses richesses, mais des combats nous en menons aussi contre le monde qui n’accueille pas toujours l’Évangile et contre le mal qui est à l’œuvre et « qui n’est jamais en vacances » dixit le Père Porée.

Ce beau combat pour l’annonce de l’Évangile et du salut, nous savons que Dieu l’a déjà gagné dans le mystère de la passion, de la mort et de la résurrection de son Fils.

C’est là la source de notre grande espérance. Souvent dans les discussions, entre deux portes, les paroissiens m’entendent parler de la vie éternelle et souvent en riant ils me disent : « Mais Père Fabien, pas tout de suite. ! » Oui mais la vie éternelle est une réalité de foi qui donne beaucoup d’espérance quand nous la vivons au quotidien. Plus j’avance dans le ministère, plus je crois en la vie éternelle et la résurrection et c’est le cadeau que je voudrais vous offrir en ce jour de jubilé : Que Dieu vous donne la grande grâce de croire en la vie éternelle et la résurrection, la grande grâce de croire que l’Église, avec ses grandes pauvretés est l’instrument par lequel dans les sacrements, Dieu nous offre le salut pour notre vie.

On ne peut devenir prêtre pour rechercher les honneurs, la gloire et le pouvoir. On devient prêtre par amour du Christ pour annoncer l’Évangile du Salut, pour donner sa vie en offrande avec le Christ.

A cette étape des 25 ans, on ne vit plus cela de l’extérieur mais on le vit pleinement de l’intérieur. Dieu nous fait sentir combien nous devons le laisser faire pour qu’il fasse son œuvre en nous et par nous. Et ce matin me revient cette parole de l’apôtre Paul qui m’a beaucoup marqué et que j’ai d’ailleurs choisi pour l’image de mon ordination diaconale : « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi. Ce que je vis aujourd’hui dans la chair, je le vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi. »

Comme le dit notre évêque Grégoire, chacun doit être à sa place et rien qu’à sa place. Ce qui signifie pour moi la chose suivante : Dans la communauté, le ministère des prêtres est un don de Dieu mais cela ne veut pas dire qu’il est au-dessus de la communauté. Il est en face de la communauté pour signifier qu’elle reçoit sa vie et sa nourriture de Dieu, et il est aussi avec la communauté comme un frère qui chemine. Il est un don de Dieu dans le service, la prière et la célébration des sacrements. Plus les baptisés répondront à leur vocation en témoignant du Christ, plus les prêtres pourront vivre ce pourquoi ils ont été appelés.

En ce jour de jubilé, je rends grâce au Seigneur pour son appel à cette belle vocation de prêtre qui me rend heureux et me comble de joie. Je le remercie de m’avoir toujours assisté de son amour et de sa force dans les moments difficiles et les épreuves du ministère.

Je voudrais vous inviter à prier pour les vocations de prêtres pour notre Église diocésaine comme nous y invite souvent notre évêque Grégoire. Notre diocèse a besoin de prêtres pour nourrir nos communautés.

Frères et sœurs, j’ai tant de mercis et d’actions de grâce à partager en ce jour… Nous allons les offrir ensemble avec les vôtres dans la prière de l’eucharistie.

Dans ma vie de prêtre, Dieu m’a donné des compagnons de route, certains sont sur la terre, d’autres sont au Ciel. Je les remercie pour leur prière, leur fidélité dans l’amitié, le soutien dans la mission. Il en est un qui, dans la communion des Saint prie avec nous ce matin, c’est Saint Padre Pio que je ne peux pas oublier et auquel je confie mon ministère. Dieu me donnera peut-être un jour la grâce d’aller prier sur sa tombe à San Giovanni Rotondo en Italie.

Je vous laisse une de ces paroles qui pourra vous aider en ces temps : « Ne vous fatiguez pas avec des choses qui génèrent des inquiétudes et des dérangements. Une seule chose est nécessaire : élever l’esprit et aimer Dieu. »

Merci Seigneur !

Amen.

Père Fabien +