Homélie de la solennité de la Sainte trinité 15 juin 2025

Solennité de la Sainte Trinité 2025 – année C

Sg 8, 22-31 ; Rm 5, 1-5 ; Jn 16, 12-15.

Chers frères et soeurs, il y a 1700 ans se tenait à Nicée le premier concile oecuménique. Convoqué par l’empereur Constantin, ce concile vise à restaurer la communion de l’Église, alors en proie à sa plus grande querelle interne. Le fruit de ce concile sera le don de la profession de Foi de Nicée. La Foi de l’Église, précisée en 381 par le premier concile de Constantinople et confirmant le dogme de la Trinité, que  tous les chrétiens confessent encore aujourd’hui. 

Vous l’avez compris, il y a là, un sujet de tout premier ordre dont chaque chrétien, aujourd’hui encore, doit être en mesure de rendre compte. En novembre 2021, la nouvelle traduction liturgique revient sur la traduction du symbole de Nicée-Constantinople, remplaçant la locution : « de même nature » par le terme de : « consubstantiel ». Certains, à l’époque se sont interrogés sur l’opportunité d’un tel changement et pourtant…

Revenons donc au sujet qui a occupé ces deux conciles : il s’agit alors de déterminer les rapports entre Dieu le Père, le Christ Jésus fils de Dieu et le Saint Esprit. La question réside plus précisément en la divinité de chacune des trois personnes. Une équation complexe, puisque certains affirment que 1+1+1= 1. Vous admettrez sans aucun doute que mathématiquement c’est assez déroutant. En effet si Dieu est dieu, il est nécessairement incréé, source de tout, et pré-existant de toute éternité. Il ne peut, par conséquent, n’y avoir qu’un seul unique dieu. Pour Arius et ses partisans, Jésus étant né d’une femme, à une date déterminée, il est par conséquent un être créé, et ne peut en conséquence n’être que de nature inférieure à celle de Dieu. Sans l’éclairage des conciles de 325 et 381, si nous posions la question aujourd’hui à nos contemporains, nous aurions certainement une belle poignée d’hérétiques arianistes. Dogme  de la trinité, qui fait dire aux tenants des autres religions monothéistes que nous des polythéistes masqués, et par conséquent idolâtres. Comment, en effet, affirmer que trois personnes distinctes puissent être une, sans que l’une n’absorbe les deux autres ? Frères et soeurs, c’est précisément là qu’intervient l’importance de la précision de langage. Nous ne nions pas l’existence de trois personnes distinctes, chacune avec des caractéristiques biens propres, au contraire nous l’affirmons ! Mais dans le même temps nous revendiquons et soutenons une unité de substance, d’où l’importance de la consubstantialité, notion qui va bien au delà de la simple identité de nature. 

Pour comprendre le propos, j’ose une analogie culinaire à la portée de tous : prenons un de filet de boeuf et coupons le en trois dans le sens de la longueur du muscle, nous sommes bien d’accord pour dire qu’il s’agit de la même substance ? Pourtant les 3 morceaux vont présenter des qualités gustatives différentes, selon qu’ils sont prélevés plus ou moins loin de l’os, et plus ou moins à la périphérie qu’au coeur du muscle.

Vous voyez, toute proportions gardées, il en est de même du père, du Fils et du Saint Esprit, ils sont d’une seule et même substance, mais ils portent en eux même chacun des qualités différentes : ils sont tout à la fois UN et autre. L’un n’est pas moins dieu que l’autre (le filet du coeur n’est pas moins filet que celui de la périphérie) et l’un ne réduit pas la qualité de l’autre (chaque morceau de filet demeure totalement filet). La métaphore, j’en conviens, est grossière et j’en demande  pardon à mes professeurs de théologie, je pense en particulier à Françoise spécialiste des langues bibliques anciennes, qui a consacré beaucoup de temps à nous faire entrer dans la sémantique de la pensée grecque. Mais pour aborder les sujets complexes il me semble parfois utile, quitte à dénaturer un peu le propos, de redoubler de simplicité. J’ose espérer par ce biais avoir un tant soit peu éclairé cette notion de consubstantialité.     

Alors pourquoi le Père a-t-il voulu l’incarnation puisque cela porte au trouble et à la confusion, lui qui affirme : « … c’est moi, et moi seul ; pas d’autre dieu que moi. » (Dt 35, 32 ; Is 45, 5)  La venue du Christ dans le monde était indispensable pour achever la révélation, il fallait que Dieu se dise aux hommes. Il fallait que Dieu s’incarne dans notre humanité pour que par sa vie soit révélée sa véritable nature qu’est l’Amour. 

Il fallait qu’il se fasse proche afin qu’aucun ne puisse inventer un Dieu lointain qui correspondrait à une volonté humaine, afin que soit affirmée cette proximité d’un Dieu père, aimant chacun de nous au delà de toute espérance. Dieu s’est fait proche, l’un de nous, pour que nous soyons libre, et que personne en son nom ne puisse nous asservir. Dieu s’est fait homme pour redire que rien ne peut entacher notre dignité à ses yeux, qu’il veut chacun d’entre nous pour lui-même, sans autre finalité que l’amour : « Parce que tu as du prix à mes yeux, que tu as de la valeur et que je t’aime » (Is 43, 4). 

 

Bien chers frères et soeurs, prions ensemble les uns pour les autres,  prions pour notre nouveau pape Léon, prions pour les catéchistes et tous ceux qui  ont reçu mission d’annoncer le Christ Jésus. Prions en ce jour pour les pères de famille, qu’ils se laissent conduire par l’Esprit Saint afin d’être des pères selon le coeur de Dieu : patients et aimants.

Gloire au Père, et au Fils, et au Saint Esprit.

Philippe Lenormand, diacre +