Homélie pour la messe du
6ème Dimanche de Pâques
Dimanche 10 Mai 2026
Frères et sœurs, la Parole de Dieu de ce Dimanche nous invite à creuser plus profondément ce qu’est la mission des disciples-missionnaires. Les premières communautés chrétiennes vont vivre, à la suite du Christ Ressuscité, des temps difficiles, d’épreuves et de persécutions. Mais nous voyons que l’annonce de l’Evangile se poursuit et porte du fruit.
Un appel à vivre l’annonce de l’Evangile dans la joie et la communion apostolique.
En revenant sur la naissance et l’histoire des premières communautés chrétiennes, relatées dans le livre des Actes, nous voyons que les Apôtres ont dû s’adapter pour préserver l’unité dans les communautés. D’où l’institution des Sept qui sont choisis pour le service quotidien des tables.
Parmi le groupe des Sept, nous retrouvons Philippe, qui après avoir reçu l’imposition des mains et le don du Saint Esprit, part dans le territoire de la Samarie pour évangéliser.
La mission de Philippe porte du fruit et les Actes des Apôtres nous rapportent que la proclamation du Christ s’accompagne de signes, de libérations et de guérisons. Mais le plus grand des fruits qui nous est relaté ici, c’est la joie. La joie est un thème cher à Saint Luc. Elle est souvent mentionnée dans son Evangile et dans les actes. Cette joie est la joie du salut dans la foi.
Là où le Christ et l’Evangile sont proclamés, la joie est donnée. Elle est comme un signe de la présence du Christ ressuscité.
La suite du récit des Actes que nous méditons en ce dimanche est tout aussi riche d’enseignement. Les Apôtres qui sont restés à Jérusalem sont avertis que la Parole de Dieu vient d’être accueillie par la Samarie. Ils envoient donc Pierre et Jean pour que les Samaritains reçoivent l’Esprit Saint. Ce déplacement des Apôtres n’est pas un détail. Leur présence et leur ministère vont confirmer dans l’Esprit Saint les Samaritains, qui viennent de recevoir le baptême. L’Esprit Saint qui a été donné à l’Eglise de Jérusalem est ainsi communiqué à cette communauté naissante et la mission de Philippe reçoit de Pierre et Jean, envoyés par les Apôtres, son caractère pleinement apostolique.
Ce récit des Actes nous invite à faire une relecture personnelle sur deux points.
Premier point : dans les temps qui sont les nôtres, dans la mission de l’Eglise que nous portons avec d’autres, sommes-nous capables de recueillir des fruits de joie, la joie du Christ ressuscité ?
Le 2ème point touche la communion ecclésiale. Nos communautés chrétiennes sont dépendantes les unes des autres. Chaque communauté, avec ses particularités, ses richesses et ses pauvretés vit dans la communion ecclésiale toute entière et doit prendre conscience qu’elle est envoyée dans l’Esprit Saint pour annoncer l’Evangile. Autrement dit, la mission ne nous appartient pas. La mission est l’œuvre de l’Esprit Saint, et c’est l’Esprit Saint qui conduit dans l’unité, qui insuffle les forces nécessaires, qui distribue les charismes, qui fait la communion dans l’Eglise.
Un appel à nous reposer dans l’Esprit Saint, l’autre Défenseur.
Dans l’Evangile de ce Dimanche, Jésus parle aussi de l’Esprit Saint. « Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : l’Esprit de vérité… » [1]
On désigne l’Esprit Saint par le paraclet, le consolateur, l’intercesseur. Le sens premier est donc l’avocat, l’auxiliaire, le défenseur. Le rôle de l’Esprit Saint est d’assurer la défense des disciples du Christ dont la mission est de témoigner dans le monde. Ce monde, qui chez Saint Jean est plongé dans le mensonge et l’erreur.
Jésus annonce qu’après son départ, le Père donnera un Autre Défenseur, l’Esprit de Vérité qui ne peut être reçu par le monde, car ce monde livré à ses seuls moyens de connaissance est incapable de percevoir la présence de Jésus par- delà sa mort. La mission de l’Esprit Saint est donc de nous introduire dans la présence du Christ ressuscité et de partager sa vie nouvelle. Jésus le dit clairement aux disciples : « D’ici peu de temps, le monde ne me verra plus, mais vous, vous me verrez vivant, et vous vivrez aussi. En ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi, et moi en vous. » [2]
Nul besoin pour nous de chercher l’Esprit Saint dans l’extraordinaire. Jésus le dit lui-même : « Vous, vous le connaissez, car il demeure auprès de vous, et il sera en vous. Je ne vous laisserai pas orphelins, je reviens vers vous. »
Les disciples-missionnaires sont appelés à vivre dans le souffle de l’Esprit Saint, la mission qui leur est confiée. Vivre à la suite du Christ Ressuscité, c’est vivre dans le feu de l’Esprit Saint.
Si nous voulons vivre dans l’unité et la joie, invoquons l’Esprit Saint.
Si nous voulons trouver de l’ardeur et du courage pour témoigner du Christ, prions l’Esprit Saint.
Si nous voulons que la communion et la confiance se vivent réellement dans la mission que nous portons avec les autres, demandons la lumière de l’Esprit Saint qui éclaire et guérit les cœurs.
L’Apôtre Pierre qui a traversé bien des épreuves dans sa vie de disciple-missionnaire nous donne de bons conseils que nous pourrons garder précieusement pour témoigner du Christ.
« Soyez prêts à tout moment à présenter une défense devant quiconque vous demande de rendre raison de l’espérance qui est en vous ; mais faites-le avec douceur et respect. » [3]
Rendre compte de l’Espérance qui est en nous, voilà un beau défi à vivre en famille, au travail, auprès des amis, dans le monde. Sommes-nous prêts à dire pourquoi nous suivons le Christ Ressuscité ? Chacun pourra répondre à cette question dans son cœur.
L’apôtre Pierre nous demande de témoigner, non pas comme des conquérants qui auraient tout compris et tout saisi du mystère de la foi et du Christ. Pierre nous appelle à témoigner toujours avec douceur et respect, en dialogue avec le monde où nous vivons, en étant à l’écoute du chemin de chacun.
C’est la grâce que nous demandons aujourd’hui au Seigneur pour son Eglise.
Amen.
Père Fabien, curé des paroisses de Torigni et Tessy.
[1] Jn 14,16-17
[2] Jn 14,19-20
[3] 1 Pi 3,16…